Rencontre de Madame Natagaari avec JOAL

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      Interview réalisée par Abdillah Abdallah                                                                              

  • 1 -Madame Natagaari, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Je suis Natagaari, une écrivaine originaire de Côte d’Ivoire, née en août 1984. Je suis poétesse, nouvelliste et romancière, mais aussi slameuse en herbe.

  • 2-Dites-nous, comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

L’écriture m’est venue par le plus grand des hasards : j’avais une amie sur Facebook qui publiait des poèmes. J’aimais tant cela qu’il m’est venu l’envie de faire pareil. Et là je me suis découvert une passion. J

  • 3-D’où vous est venue l’idée d’intituler votre roman : La double existence de Natagaari Enigma? 

Je voulais entretenir tant de la curiosité, qu’une certaine envie de lire (chez ceux qui me connaissaient déjà), mais aussi… faire de l’humour : Natagaari écrivant « La double existence de Natagaari Enigma »

  • 4-Madame Natagaari, vous avez écrit un roman facile d’accès auquel vous avez fait de l’amour la trame de fond. Assiatou aime Afridoune à la folie, Afridoune aime Akhezza, la fiancée de son cousin Haroun. Afridoune aime Farida, la bien aimée de son frère Abdel Alim.   Y-a-t-il  dans votre vie un événement qui vous a marqué et qui vous a donné l’envie d’écrire cette œuvre?

A vrai dire si on considère l’affaire du point de vue de l’amour, non. Par contre si on considère l’œuvre dans son entièreté, oui : j’ai un profil Facebook où j’étais au départ un réel mystère. Et pourtant tant de gens me considéraient ! J’en étais venue à rire moi-même de cet intérêt qu’on portait à une obscure entité comme moi. C’est de là qu’est venue mon inspiration ; je me disais : donc si j’étais une machine, un oiseau, que sais-je, ils n’en sauraient rien. C’est ainsi qu’est venue mon désir d’écrire l’histoire.

  • 5-Simple curiosité. Dans la note de l’auteur vous avez donné deux options en répondant à la question : avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse, obnubilé (é) par un (e) inconnu (e) ?Non, et  dans ce cas vous êtes un (e) grand (e) veinard (e) Oui, et  dans ce cas… aussi vous êtes un (e) grand (e) veinard (e) 

Pouvons nous dire que à travers cette œuvre vous vous êtes servi de Afridoune comme cobaye pour démontrer ces deux options ? 

Non ; dites-vous juste que je voulais faire de l’humour. Je n’aime pas le trop sérieux, vous savez. Une note d’humour est toujours la bienvenue pour moi.                                                                                                                                          

  • 6-Madame Natagaari, dans votre œuvre, vous nous parlez des années 2040, des imprimantes domestiques qui parlaient comme des personnes, c’est le cas de Kintana ou de Natagaari Enigma, l’invention de N’Teri. Kintana persuade Kamilah à ne pas haïr son corps, Natagaari refuse d’accomplir la mission de général Sodah. Vous nous parlez également des motos qui volent comme des avions. Selon l’endroit du monde dans lequel vous vous trouvez (l’Afrique), parlez de ces genres de choses, n’est-ce pas trop rêver ? Ou partagez-vous le point de vue d’Alain Mabanckou lorsqu’il dit : la littérature c’est aussi refuser le monde réel pour en inventer un meilleur ?

C’est rêver et c’est bien ! Le rêve est la sève de la vie. Tout ce que nous avons d’extraordinaire aujourd’hui : l’ordinateur, le téléphone, les navettes spatiales, tout ceci est né d’un rêve. Donc j’assume bien ce côté rêveur de mon œuvre. Et cette citation d’Alain Mabanckou, à quelle point est-elle belle et vraie ! En vérité la littérature serait quelque chose de bien pâle si elle ne devait être calquée que sur la réalité. Elle a besoin de cette fantaisie qui ne sied qu’au rêve. Elle a besoin d’un univers d’expression plus vaste ;

  • 7-A travers la trame de votre roman également transparaît une influence cinématographique. N’y a-y-il pas une raison profonde à cela ?

Non, du tout. Là c’est mon subconscient qui a pris le pas. (Sourire)

  • 8-La Cote d’Ivoire fait partie des pays africains qui sont devant dans le monde de la littérature. Il existe une association des écrivains qui a une bonne assise dans le pays. Quel regard portent les aînés sur vous, les écrivains en herbe ?

Oui, il y a une association d’écrivains. Récemment il lui a été désigné comme président un grand écrivain talentueux dans les mots, actif dans les œuvres. J’espère apporter une petite pierre à l’édifice littéraire de mon pays.

  • 9-Quels sont vos projets d’écriture ?

Mes projets ? J’ai des œuvres en cours d’écriture : romans, nouvelles, poèmes. Mais aussi du slam.

  • 10-Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

A ces jeunes je dis : allez-y tout simplement ; ne vous encombrez pas d’appréhensions, oubliez les étranges suppositions, tout le monde peut arriver à faire de belles composition, poétiques ou romanesque ; il se peut que vous ayez une prédisposition à l’écriture alors engagez-vous donc et affirmez votre position.

 

 

 

Kwezi Amina lauréate 2016

Amina

Bonjour!

je m’appelle kwezi Amina, membre de Joal, Ouanienne,je viens de réussir au concours francojeune 2016.Je suis très heureuse,c’est une fierté pour mon club de lecture et d’écriture JOAL ainsi que  ma ville mère Ouani. Du 15 au 19 août prochain,je serai à ANTSOHIHY (région de Sofia) à Madagascar pour prendre part au 14ème édition du festival francojeune,une occasion pour rencontrer et échanger avec  les autres lauréats des pays membres à savoir Madagascar,le pays hôte,Tanzanie,Kenya,Comores,Zanzibar et Mayotte.

Une fois à Antsohihy,j’aurai un programme à respecter à la lettre dont voici le contenu:

Journée inaugurale :

  • Déroulé de la semaine :
    • Les 4 soirées littéraires pour découvrir les lauréats et échanger avec eux
    • Les sorties culturelles pour découvrir les spécificités de la localité d’accueil
  • Les ateliers littéraires et artistiques, animés par des spécialistes de la Région 
  • Soirée de clôture :
    • Remise de diplômes aux lauréats et participants
    • Rendus des ateliers littéraires et artistiques
    • Discours officiels
    • Animations et cocktail dînatoire

 

Pour obtenir le billet aller retour  Ouani- Antsohihy  ,j’ai du  travailler trop dur ,il fallait écrire soit six poèmes,un conte,une nouvelle en insérant les dix mots suivants dans ton texte: Chafouin/ Champagné Dépanneur/Dracher/Fada /Tap-tap / Lumerotte /Poudrerie /Ristrette / Vigousse .

Voici ce que j ai écrit ,vous pouvez parcourir mon texte pour me suggérer vos remarques,critiques etc merci de m ‘avoir consacrer tout ce temps pour me lire.

 

L’amour de ma vie

Mon histoire commença en 1990 aux Comores, dans l’île d’Anjouan.  A cette époque là, je n’avais que 17 ans. C’était au cours d’une manifestation à Mutsamudu que je rencontrai pour la première fois l’amour de ma vie. Il était blanc, de taille moyenne, âgé de 18 ans. C’était un beau garçon mais il me paraissait arrogant. J’étais fasciné par ses yeux noirs comme de l’ébène et sa façon de marcher, de parler. J’étais là en train de lui dévorer de regard sans savoir pourquoi et je me demandais : qui est-il ? Pourquoi a-t-il autant attiré mon attention ? Et là, il vint vers moi et je paniquai, je ne savais plus quoi faire puis finalement je  décidai de rester immobile. Il était devant moi et la

Première chose qu’il me dit c’est :

_ Excuse moi ? Sais-tu vraiment ce qui se passe ici ?

_C’est  une campagne électorale. Ils sont tous là à crier votez- moi ! Votez-moi ! Je suis votre seul espoir. Mais nous savons tous qu’ils veulent tout simplement se remplir les poches et  adieu  les promesses et les belles paroles.

Il me regarde d’un air rieur et puis il se présenta :

_ Je m’appelle Mounibe et j’ai été enchanté de pouvoir discuter avec toi.

_ Moi de même et je me nomme Naïza.

Après  avoir fait connaissance, nous étions restés pour écouter les dires des candidats et puis, il me proposa de me raccompagner. En arrivant devant chez moi, il m’invita d’aller à son anniversaire qui devait avoir lieu chez lui le lendemain à 18h car d’après lui, je lui paressais une fille sympathique  et j’ai accepté d’y aller si mes parents accepteraient. Nous nous étions dit  au revoir et il était parti. En entrant dans le salon j’y trouvais mes parents assis et très en colère contre moi. Et là je me disais : « bienvenue en enfer ».  Ils étaient furieux contre moi sans doute parce que je rentrais tard à la maison. Et mon père commença à me crier dessus :

_ Naïza où étais-tu passée pendant tout ce temps ?

_J’étais partie assister au  meeting ; c’est pour cela que j’ai tardé de rentrer à la maison. Répondis-je pour me sortir de l’impasse puis mon père  ajouta d’un air plus furieux que tout à l’heure :

_ Tu mens chafouine, j’étais allé moi aussi à ce meeting et il a pris fin depuis 19h et regarde l’heure qu’il est ? Il est 21h30. « Mwana mtru mché wayé ka baki mwédzé ta zi léra zini ». Maintenant dit moi où tu étais pendant tout ce temps et que faisais-tu ?

_ Je…Je…J’ai rencontré un garçon pendant que j’assistais le meeting. Nous avons fait connaissance et nous discutions pendant longtemps sans regarder l’heure,  puis il m’a raccompagné ici. Il faut que je vous apprenne qu’il  m’a aussi proposé d’aller à son anniversaire demain à 18h….

_ Qui est ce garçon ? Que te veut-il ? Es-tu fada ? « Mwana wa pewu. Ma Naïza nisy muouwa moina woiho léo » car à partir de maintenant c’est ton enfant mais pas la mienne. Mon enfant ne sortirait jamais avec un garçon à son âge. As-tu entendu ? Dit-il en me tirant les oreilles.

_ Mais papa ce n’est qu’un ami, dis-je en sanglotant.

_ Tais-toi ! Petite insolente. Tu ne mangeras rien ce soir et file vite dans ta chambre avant que je ne m’énerve et te corrige  farouchement.  Et que je ne t’entende plus parler d’anniversaire.

Pendant que je courais en direction de ma chambre tout en pleurant, ma mère Fatima essayait de calmer mon père Bacar ; elle lui suppliait d’être indulgent envers moi car d’après elle, je lui ressemblais comme deux gouttes d’eau. Elle lui dit :

_ Arrête de brutaliser notre fille. Tu sais bien que son histoire commence exactement comme la notre quand nous nous sommes rencontrés.

_ Justement c’est ce que je veux éviter. Je ne veux pas qu’elle fasse les mêmes bêtises que nous. Je lui interdis de sortir avec un garçon car elle n’a que 17 ans.

_ Quoi ? Tu ne vas quand même pas me dire que c’est à cause de son âge que tu ne la laisses pas suivre son destin? Mon cher mari,  n’oublie pas que je n’avais que 14 ans et toi tu en avais 18 seulement quand nous nous sommes rencontrés.

_ Oui mais…

_ Il n’y a pas de « oui » ni de « mais » qui  tiennent, tu laisses ma fille suivre son destin, interrompit ma mère, d’un ton élevé.

_ Fahamu ! N’élève pas la voix sur moi. As- tu oublié que je suis ton mari et le père de ta fille ?

_ Je ne l’ai pas oublié mais laisse ma fille suivre son destin et surtout laisse la aller à cette fête. Là-bas elle rencontrera de nouveaux amis et peut-être notre future gendre aussi, pourquoi pas ?

_ Bien, elle peut y aller mais qu’elle fasse très attention à ne pas y commettre des âneries, sinon je vous aurais prévenu !

Pendant ce temps, j’étais dans ma chambre en train de pleurer. J’entendais toutes les discussions de mes parents ; rien ne m’a échappé. Tout à coup quelqu’un ouvrit la porte. C’était ma mère. Elle m’avait apporté un plat de spaghetti, un de mes plats préférés avec grand verre de jus d’orange. Elle s’assit près de moi et m’annonça la bonne nouvelle, celle que je pouvais aller à la fête de mon nouvel ami. J’étais folle de joie. Ma mère était  ma meilleure amie, elle était douce comme l’avocat et elle me comprenait toujours. Elle savait toujours  ce qu’il fallait faire pour me réconforter, elle savait surtout ce qu’il fallait faire pour que son «  patère » de mari cède et me laisse faire certains de mes loisirs. Je la préférais bien entendu à mon père qui pourrait être gentil mais parfois grincheux. Je comprenais quand même que s’il était comme cela, c’était parce qu’il ne voulait que mon bien. Il voulait probablement m’éviter de commettre des erreurs qui puissent me faire regretter dans l’avenir !

Le lendemain matin, je me levai en sursaut, impatiente d’être à l’anniversaire de Mounibe. Quel joli prénom ! «  Mounibe »…répétai-je lorsque tout à coup je m’aperçus que j’étais en retard pour le lycée. J’accourus m’habiller sans prendre un bain ni prendre le petit déjeuner ; je n’avais pas de temps pour ces choses là. Je devais vite me rendre au lycée de Mutsamudu. Arrivée au portail, à ma grande surprise, je rencontrai Mounibe. Il m’attendait. Il m’a saluée d’un ton fluide, en me fixant le regard dans les yeux.

_ Bonjour Naïza, comment ça va ?

_ Bonjour, je vais bien. Que fais-tu ici ? Es-tu un élève de cet établissement ?

_ Non, répondit-il d’un ton timide et gêné. Je ne suis pas de cet établissement. C’est que…je voulais te voir.

_ Me voir, mais pourquoi ?

_ Pour confirmer mon invitation d’hier. J’ai besoin de savoir si tu viendras à mon anniversaire ce soir. Il faut venir, il y aura quelques amis. Ma mère est très sympathique. Elle y sera et tu auras l’occasion de faire sa connaissance.

_ Ne t’inquiète pas mon ami, pour rien au monde, je ne manquerai  à ta fête. J’ai déjà demandé la permission à mes parents ; cela n’a pas été facile de les convaincre pour qu’ils me laissent venir mais c’est fait. Je serai là à dix huit heures.

Après lui avoir répondu favorablement, une splendide lumerotte apparue dans ses yeux qui brillaient de mille feux.

Nous parlions une heure environ, j’avais même oublié que j’étais en retard pour l’école. Je m’en rappelai enfin, j’ai salué mon nouvel ami et je me rendis en classe pour pouvoir attendre l’enseignant et suivre le prochain cours. En tout cas  Je ratai mon premier cours de la journée sans m’en rendre compte.

En ce moment là nous étions dans un monde merveilleux, un monde sans parent ni école.

Midi sonna, la journée finie, je pris le chemin du retour pour la maison. En route, je réfléchissais beaucoup sur le fait que je séchai un cours. C’est la première fois depuis que je faisais l’école, je n’avais pas cette habitude. Cela ne me convenait pas du tout mais c’était déjà réalisé. Que faire ! Qui peut remédier ce mal ! D’autre part je m’en réjouissais à l’idée que le soir je pourrai participer à la fête de Mounibe. J’imaginai la scène : des splendides décorations, des savoureux amuse- gueules, d’autres rencontres, mais aussi des parents accueillants et chaleureux. Quelles imaginations !

Arrivée à la maison, je salue à peine mes parents et je me suis introduite dans ma chambre ce qui n’est pas dans mes habitudes. Dès que j’arrive du lycée j’allais visiter la cuisine pour m’informer de ce qu’on  préparait, gouter aussi. « Mando », disait-on de moi ; c’est-à-dire que j’étais gourmande. Peut être que j’aimai apprécier la bonne nourriture. Alarmée, ma mère vint dans ma chambre pour assouvir sa curiosité :

_ Naïza, ma fille, qu’y a-t-il ?  Pourquoi ne viens-tu pas déjeuner avec nous, tu n’as rien mangé depuis le matin. En plus tu ne peux même pas imaginer ce que j’ai préparé, ton plat préféré : « mouhogo piki wahanadzi na fi » et c’est absolument succulent !

_ Maman, mangez sans moi, je n’ai pas faim. Gardez ma part, je m’en servirai plus tard…

_ Comment cela, tu n’as pas faim ! Es-tu malade, de quoi es-tu souffrante ? Interrompit ma mère, inquiète.

_ Non maman, je ne suis pas malade au contraire ; je suis juste heureuse, contente, folle de joie, mais surtout impatiente que le soir arrive pour aller à la fête dont je vous ai parlé hier. T’en rappelles-tu ? Le problème c’est que je ne sais toujours pas ce que je vais porter. J’ai l’impression qu’aucun de mes habits ne convienne pas à une telle fête. Qu’en penses-tu ?

_ Oh ma fille, tu te tracasses inutilement, ce ne sont pas les bons habits qui manquent dans cette maison ! J’ai un joli bouyou-bouyou dans mon armoire  qui t’ira à merveille.

_ Mais maman, je vais à un anniversaire, pas à un chidjabou. Dans les anniversaires on porte des jeans et des tee-shirts. Et je serais la risée de tout le monde  si je m’y présente  en bouyou-bouyou.

Ma mère chercha dans son armoire mais elle ne trouva aucun vêtement qui puisse me convenir. Elle me proposa de partir chez le dépanneur du quartier pour voir si je pourrais m’en procurer car à une heure pareille les magasins fermaient déjà. Je ne pouvais pas attendre qu’ils ouvrent le soir, je serais en retard. Ma mère m’aida à me préparer. Dix-huit heures sonnèrent et je devrais partir pour la fête. J’étais tellement belle que ma mère pleurait de joie. Elle m’accompagna dehors pour attendre le taxi. Nous restions sur la route pendant un bon moment et je commençais déjà à m’énerver quand soudain un tap-tap qui roulait très vite passa. Je n’hésitai pas à l’arrêter car j’étais en retard pour me rendre à la fête. En arrivant, la fête était bondée de monde de telle sorte que je commençais à avoir honte et me voyais toute petite par rapport aux gens qui y étaient. J’étais surprise, je ne pouvais pas deviner que mon ami était issu d’une famille très connue. Son père est le Champagné de la ville ce qui explique l’apparition de cette immense foule. Je revenais déjà sur mes pas, j’allais repartir pour rentrer à la maison quand j’entendis quelqu’un qui m’appelait. C’était Mounibe, inquiet de me voir partir, me demandait où j’allais et si je me portais bien.

En entendant sa voix, mon cœur se remplit de bonheur mais aussi de honte car les autres filles qui s’y amusaient étaient bien habillées par rapport à moi. Il était devant moi à attendre une réponse de ma part mais j’étais incapable de prononcer un mot. Il me regarda d’un air  étonné  et demanda pour la deuxième fois :

_ Où vas-tu ? Tu viens à peine d’arriver !

_ Euh……. Oui…Je viens juste d’arriver à ta fête et je suis un peu intimidé de voir autant de monde et je commençais à me sentir mal donc j’allais prendre l’air.

_ Oh ! Reste, après tout c’est mon anniversaire et tu dois me faire le plaisir d’être radieuse, d’accord ?

_ D’accord ! Je reste.

_ Bon tout d’abord tu vas m’accompagner à la cuisine pour prendre ensemble une petite tasse de ristrette pour te remonter un peu le moral.

Je l’ai suivi sans hésiter, nous traversions un long couloir pour arriver à la grande cuisine bien espacée et équipée de placards où tout était rangé. Une petite femme d’un air chafouin s’y trouvait. Elle y mettait de l’ordre par-ci et par-là.

_ Chafouanti, s’il te plait, veux-tu nous servir à mon amie et à moi un peu de café, ce ristrette que vous aviez préparé cet après-midi ? Lui demanda Mounibe.

_ Bien monsieur. Répondit-elle tout en me lorgnant.

Elle apporta deux petites tasses à café, une cafetière, du sucrier ainsi que des petites cuillères. Elle les posa sur la table tout en disant: « Mon petit, tu sais que ta mère n’aime pas que tu consommes trop de café, sers toi un peu seulement. »

_ T’inquiète Mme Chafouanti, je ne fais qu’accompagner mon invitée tout simplement ! Apporte-nous plutôt des biscuits !

Nous prenions notre café sans prononcer un mot, puis nous sommes allés rejoindre les autres au salon. Mounibe me présenta à certains de ses amis, puis à ses parents. Sa mère est une jolie femme svelte, bien habillée, élégante et très accueillante. Son père quant à lui, il est vigousse, le genre de personne très  sûre d’elle quand elle agit, quand elle parle. Je tombai tout de suite dans le charme de cette famille. Quelle merveilleuse famille ! Nous avons causé un moment avant que mon hôte ne me propose d’aller danser avec les autres. Alors nous dansions tout le temps. Après deux heures de danse, la mère de Mounibe entra avec un grand gâteau. C’était sans doute le plus beau gâteau que je n’ai jamais vu. Nous chantions en chœur : « joyeux anniversaire Mounibe »  et puis il souffla ses bougies, coupa le gâteau, en a fait manger un bout à sa mère puis à son père et enfin à moi. Je rougissais de honte car je ne m’y attendais pas. J’ai quand-même acclamé avec tout le monde pour ne pas faire mauvaise apparence. Nous nous amusions encore un peu avant que les invités ne commencent à s’en aller peu à peu. Mounibe me retenait chaque fois que je voulais partir. Il commençait à se faire tard et je devrais absolument rentrer à la maison sinon la prochaine fois mes parents ne me laisseront plus partir. Je m’approchai donc  de Mounibe pour lui dire au revoir et il me proposa de me raccompagner à la maison. Nous marchions dans la rue silencieusement quand soudain il commença à dracher. Nous cherchions un endroit pour nous abriter et enfin nous étions sous une véranda. La pluie dura assez longtemps, elle était fraiche. Il faisait un léger froid. Nous nous trouvions Mounibe et moi coller l’un contre l’autre. Il me questionna :

_ Naïza, je sais qu’on se connaît à peine mais est ce que tu as un copain ?

_ Non je n’en ai pas. Pourquoi me poses-tu cette question ?

_ Je voulais juste savoir.

_ Et toi as-tu une copine ?

_ Non ! Justement je voulais te demander si tu…. Si tu…

_ Mounibe, que veux-tu me dire, parle.

_ Mais, ce que j’essai de te dire, c’est … veux-tu être ma copine ? Lança-t-il. J’ai senti sa question comme une neige tombée sur mon visage ; ce genre de poudrerie poussée par le vent et qui te glace tout le corps. Ces paroles me glacèrent  bien évidement le corps tout entier. Je frissonnais et je ne savais que répondre. J’ouvris enfin la bouche pour répondre timidement.

_ Mounibe, c’est très tôt pour que je puisse répondre à cette question. Peux-tu m’accorder un peu de temps pour que je puisse y réfléchir à tête reposée? Je te donnerai une réponse demain, peut être !

_ Et moi je vais prier le seigneur pour que ta réponse soit positive. Qu’Allah, le supra-céleste veille que tu accordes ma demande. Sache que dès le premier instant que je t’ai vue tu as déjà conquis mon pauvre cœur.

La pluie cessa presque et nous marchâmes lentement, en silence sous les crachins tout en évitant les flaques des eaux boueuses. La ville sombra tout à coup dans une obscurité monstrueuse. L’électricité venait de se faire couper. Cette pratique de délestage d’électricité est très fréquente dans notre pays. Cela me dérangea énormément à ce moment car je savais que mes parents s’inquiéteraient davantage de mon retard et que mon retard les énerverait. Nous arrivâmes enfin devant ma maison, Mounibe attendit que quelqu’un vienne m’ouvrir la porte pour partir. Maman n’attendit pas que je toque deux fois la porte pour s’y présenter, une lampe torche à la main. Elle n’était pas furieuse comme je pourrais le prévoir. Inquiète tout simplement…elle lança :

_ Pourquoi rentres-tu si tard, ma fille ? Je n’eus pas le temps de répondre  à sa question et mon ami répliqua :

Bonjour madame, excusez-nous du retard. L’averse nous a surpris juste au moment où nous venions ici. Nous avons  dû nous abriter attendant qu’elle cesse pour pouvoir continuer. Pardonnez-nous vraiment maman Naïza.

Soudain il se rend compte que c’était la première fois qu’il rencontrait  ma mère et qu’il ne s’était même pas présenté. Il ajouta :

_ Oh pardon madame, je me nomme Mounibe Ahmed, mon père est Mr Ahmed Ali Bwana, et ma mère, Mme Souniati…

_ Souniati Zamir ? Je connais tes parents, interrompit ma mère. Nous nous connaissons depuis longtemps. Entre mon enfant, je vais te présenter à mon mari. Papa Naïza, Bacari, viens que je te présente le fils de Ahmed Ali Bwana.

Ils discutèrent un moment ensemble avant que Mounbe ne s’en aille.

 

 

Kwezi  Amina

 

 

Rencontre avec L’écrivain Ivoirien:Mathurin Goli Bi Irié

Rencontre de l’écrivain ivoirien : Mathurin Goli Bi IRIE avec JOAL

Interview organisée par Abdillah Abdallah

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1- Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, présentez-nous votre ouvrage, La Lycéenne, en quelques mots ?

La Lycéenne est un roman engagé qui fait le procès intégral de l’école ivoirienne et par ricochet, celle du continent africain.  » La lycéenne » est un livre qui met à nu les maux qui rongent le temple du savoir en l’occurrence, la commercialisation des notes par les professeurs au lycée et au baccalauréat, la vanité puérile des enseignants face aux apprenants. En un mot, mon roman étale sans fioritures le dysfonctionnement du système scolaire de mon pays, la Côte d’Ivoire.

2) Vous êtes censeur dans un lycée. Pourquoi exactement vous avez écrit une œuvre qui parle d’une lycéenne qui est follement amoureuse de son professeur ? Vous êtes vous inspiré d’un fait réel ?

J’ai écrit ce roman  » La lycéenne » pour montrer au grand public les pratiques amoureuses qui mettent à mal la sincérité de l’enseignement dans les lycées et collèges. A vrai dire, je me suis inspiré des faits réels qui sont monnaie courante dans les lycées et collèges.

3) Donner raison à cette élève n’est-ce pas une façon de casser la distance qui sépare l’enseignant et l’élève?

Non. La distance entre le maitre et son élève restera telle. Le maitre sera toujours le maitre car il est maitre par le savoir et la connaissance même moralement vaincu par son élève. C’est ma façon de montrer aux enseignants qu’ils sont des humains et par conséquent ils n’ont pas de droit divin à exercer sur la personne des élèves.

4) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, comment un enseignant qui refuse les avances de son élève peut-il être méchant ?

Nul doute, dans un débat entre le professeur et Mme Zélia, cette dernière voyant l’état loqueteux de la lycéenne, a dû avoir cette pensée qui relève de sa philosophie personnelle.

5) Dans votre œuvre, Mireille, l’héroïne, a vaincu son amour, a repris ses cours à deux mains et a réussi son baccalauréat. Quelle leçon voulez-vous donner à travers cette héroïne ?

L’amour ne doit pas être un frein à l’épanouissement intellectuel de toute lycéenne. Mireille a fait montre de courage. Malgré tout ce qu’elle a subi, elle a pu atteindre l’objectif final. Avoir le Baccalauréat.

6) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, Vous êtes le préfacier de Drapeau en berne, une pièce théâtrale écrite par Monsieur Attou, un écrivain comorien. Cette œuvre reflète-t- elle quelque part une réalité qui peut être ivoirienne comme nous lisons les Comores à travers La Lycéenne ?

Bien sûr que oui. Le néocolonialisme fait rage an Afrique. Il est une réalité en Afrique toute entière. Je l’ai évoqué d’une autre façon dans ma pièce de théâtre  » Et l’Afrique se rebella ». Ce que vit le peuple comorien est symptomatique du martyre

7) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, Vous qui faites partie des jeunes écrivains qui s’imposent en Cote d’ivoire aujourd’hui comme Etty Macaire, Hilaire Kobena et autres. Croyez-vous que la littérature peut vraiment nous aider à transformer notre Afrique ?

Oui. Le développement de l’Afrique partira de la culture; du savoir et de la connaissance. C’est ma conviction. En lisant mes œuvres on se rend compte que mon travail; c’est d’inviter les africains à croire que la voie de leur émergence passe par la lecture donc par la littérature qui véhicule des grands concepts au bénéfice de l’Afrique.

8) Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

Ils doivent aimer la culture, la lecture. Qui ne lit pas ne sera point un bon écrivain. Lire les autres, forme, conseille, aiguise le talent. Merci .

 

Rencontre avec l’écrivaine Claire Ubac

photo : Alex Godard__ Anjouan

Rencontre avec l’écrivaine Claire Ubac

 

               Interview réalisée par Abdillah Abdallah

  1. 1-Madame Claire Ubac, nous, Club JOAL, nous avions eu la chance de vous accueillir dans notre tanière (Espace Shababi de Ouani).  Pouvez-vous vous  présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas?

Je suis écrivaine. Munie d’un DEA en littérature comparée anglais/italien à la Sorbonne Paris IV, j’ai commencé à écrire dans la presse, puis dans la presse jeunesse avant de publier des histoires illustrées et des romans en direction des adolescents dans différentes maisons d’édition. Mon dernier roman à L’école des loisirs a reçu plusieurs prix, dont celui du salon de Brive la Gaillarde et celui de la Société des Gens de Lettres.

Depuis trois ans je touche un public élargi grâce à une série commandée par l’éditeur Play Bac. J’ai moi-même le projet de nouvelles expériences, de m’essayer à d’autres genres littéraires et de m’adresser à un public uniquement adulte.

Parallèlement à mon chemin d’écrivaine j’ai mené des ateliers d’écriture dans le cadre scolaire, de la maternelle au lycée, et, invitée par des associations, pour des adultes, en particulier dans le cadre de formation pour les professionnels de l’enfance. J’aime faire progresser, grâce à cette pratique, ma réflexion sur la transmission de la créativité ; sujet qui me passionne.

Identité de la démarche artistique et culturelle.

La familiarité et la curiosité que j’éprouve envers ma propre langue prend sa source dans les contes traditionnels. J’ai commencé à écrire dans cette forme, qui permet d’associer réalité et symbolique, et d’aborder des sujets de société aux questions parfois complexes.

Aimer ma langue m’a conduite à aimer les langues et à les parler, à voyager et à en tirer une source d’inspiration. Beaucoup de personnages de mes livres se construisent et évoluent en relation avec l’étranger ou l’ailleurs… Que je les fasse évoluer sur des planètes inventées ou dans un univers réaliste.

Il est impossible pour moi de commencer la rédaction d’un roman avant d’avoir trouvé la structure de narration qui lui convient. Le style, je le travaille dans la poésie et l’humour, susceptibles d’offrir aux lecteurs un décalage, un doute quant à l’interprétation de mon récit.

La musicalité et le rythme des phrases me tiennent à cœur : j’insiste sur leur importance quand j’anime des ateliers d’écritures.

J’aime travailler en collaboration. J’ai différents projets en cours, avec un collectif d’écrivains ; avec une illustratrice ; et avec le directeur d’une compagnie théâtrale à petit effectif.

  1. 2-Madame Claire Ubac, la quête de l’identité est un thème récurrent dans vos œuvres. Y a-t-il dans votre vie, un fait qui vous marque et  qui fait que cette quête d’identité hante votre esprit ?

quête de l’identité

Le fait qui m’a marquée depuis que je suis toute jeune enfant c’est la sensation d’injustice, particulièrement en tant que fille et femme, ainsi que le sentiment de l’absurdité de la guerre dans le monde et la violence qui peut agiter les relations entre les êtres humains. Ma réponse à cela aurait pu être d’être militante politique ou au sein d’une organisation. Mais j’ai acquis la conviction qu’il me fallait d’abord et avant tout comprendre et chasser à l’intérieur de moi tout ce que je reprochais à l’extérieur ; car nous portons tous en nous de la souffrance. Cette souffrance engendre la colère et l’envie de détruire autour de nous. Elle crée la haine de l’autre, et c’est cette souffrance qui donne naissance à la violence dans le monde. C’est pourquoi sans relâche, les personnages de mes livres cherchent à se voir clair en eux. Ils passent du sentiment d’injustice ou d’impuissance à la liberté de se réaliser et de maîtriser leur destin. Quand on maîtrise son propre destin on a moins envie d’accuser l’autre et de le maltraiter.

Au bout de leur parcours dans mes romans, mes personnages acquièrent la conviction qu’ils sont responsables d’eux-mêmes, qu’ils ont le choix de se soustraire aux mauvaises relations, de s’ouvrir aux bonnes, et qu’ils ont la possibilité d’avoir une action positive sur le monde à leur mesure. Ces personnages sont le reflet de mon propre parcours vers la lumière.

  1. 3-Pourquoi vous consacrez-vous aux jeunes ? Ce n’est pas trop se permettre si je dis que peut-être votre enfance influence votre carrière d’écrivain ?

Cette réponse fait partie de la précédente : quand on recherche en soi-même la solution à pouvoir exercer une action positive sur le monde, cela s’appelle aller du côté de la Vie, de l’Amour et de la Création, et non pas du côté de la mort et de la destruction.

L’aspiration de l’humain à se tourner vers le vivant est une question que je ne cesse d’interroger. C’est en partie pour cette raison que je l’adresse naturellement à un jeune public.

Vous avez raison, c’est mon enfance que je contacte pour écrire, et c’est aussi à l’enfance de chaque lecteur, enfant ou adulte que je m’adresse, parce que c’est cette délicate partie pleine de joie innocente, en chaque être, qui aime le mieux la vie et qui est le plus proche du vivant. Nous connaissons tous des vieilles dames ou des vieux messieurs qui sont en contact avec cette partie d’eux-même joyeuse et vivante, et qui rayonnent de cette bienfaisance, plus hélas que d’autres adultes qui ne sont plus en contact avec cette partie d’eux-même.

  1. 4-Madame Claire Ubac, vous vous intéressez aux jeunes défavorisés et vous les faites découvrir les ressources du langage et de la culture en animant des ateliers d’écritures. Étant d’origine indienne, avez-vous un projet pour les jeunes défavorisés indiens ? 

Il y a eu un malentendu, ou bien vous avez reçu une information erronée : je ne suis pas d’origine indienne, même si j’ai écrit un roman qui se passe en Inde. Je note au passage que quand j’ai appris l’arabe, à Paris tout le monde me demandait si j’étais d’origine arabe ou si j’étais musulmane. Faut-il être indienne pour s’intéresser à l’Inde, arabe ou musulmane pour apprendre à lire et écrire l’arabe ? Je suis française par mes deux parents, et je suis curieuse du monde entier. C’est tout !

Je m’intéresse aux jeunes gens défavorisés culturellement parce que la façon dont j’ai été élevée m’a appris à penser aux autres. J’ai été élevée chrétiennement et plus tard j’ai constaté que la religion musulmane transmettait le même message de partage envers l’autre qui a moins de chance que nous.

Du côté intellectuel j’ai eu beaucoup de chance, ma mère me racontait des contes, mes parents m’ont transmis en parlant une langue maîtrisée et riche, il y avait des livres à la maison. La langue et la littérature étaient pour moi des amis, comme des membres de ma famille !

J’ai constaté plus tard que pour certains enfants ou adolescents, au contraire, les livres étaient absents, la parole et le vocabulaire mal maîtrisés. L’école, la langue française leur était une ennemie dans la mesure où ils n’arrivaient pas à la maîtriser et cela leur causait de la souffrance. J’ai eu envie de leur apporter ce côté affectueux, familier de la langue que j’ai eu la chance d’avoir reçu.

  1. 5-Madame Claire Ubac, vous  nous avez fait voyager pour Bombay en compagnie d’Isai et de Murugan sous la protection de Sarasvatî, la déesse de l’art. Je vous avoue que votre œuvre Le chemin de Sarasvatî a fait couler de larme chez nos jeunes du club JOAL. Certains étaient même énervés. Vous qui vous déclarez écrivaine de la jeunesse, pourquoi avoir martyrisé cette jeune héroïne et ne pas sanctionné son tortionnaire, tante Cobra ? (une question que les jeunes du club ne cessent de se poser)

J’aime beaucoup cette question juste et spontanée que les jeunes du club lecture JOAL se posent et je les félicite de leur sincérité ! Je suis heureuse qu’ils aient pleurés et qu’ils soient énervés par mon roman ! C’est mon but quand j’écris : provoquer des émotions et réveiller la conscience.

Ce n’est pas par méchanceté que je veux faire pleurer ; moi-même il m’arrive de pleurer en écrivant mes propres textes ( de rire aussi, heureusement !) C’est parce que je veux retransmettre une certaine réalité, sans complaisance. Or les enfants maltraités, hélas il y en a dans tous les pays.

Vous dites : « comment pouvez-vous écrire cela en étant écrivaine pour la jeunesse ? » J’entends d’abord dans votre question le mot «  écrivaine ».

Là se trouve je crois une différence entre la littérature pour la jeunesse en Afrique et en Europe. En Afrique, le plus souvent un livre destiné aux jeunes a un objectif moral ; c’est un outil pour que les jeunes se conduisent bien. Il donne des leçons ; dans un tel livre la tante cobra serait punie parce qu’elle est méchante et mérite une leçon.

Dans la littérature européenne au contraire, on cherche à donner le reflet de la réalité. Or, dans la vie réelle, je connais bien des tantes cobra en Inde, en France et ailleurs qui ne sont jamais punies. En tant qu’écrivaine, mon objectif n’est pas de donner une leçon de morale à ma lectrice ou à mon lecteur en lui disant : « Tu vois ce qui va t’arriver si tu es méchant (e) comme la tante cobra, tu vas être puni ou punie ! »

Au contraire, je fais confiance à ma lectrice ou à mon lecteur. Je lui présente une situation réaliste, et elle ou il jugera de ce qu’il a envie de faire, parce qu’elle ou il va choisir le personnage à qui s’identifier et ressembler. Exactement comme dans la vie : certains adultes vous font horreur, alors que d’autres par leur bel exemple donnent envie de les imiter.

Au final, je montre que la tante cobra inflige des souffrances, et je compte sur la sensibilité et l’intelligence de mes lecteurs pour ne pas avoir envie de lui ressembler. J’utilise à cet effet un autre moyen que celui de falsifier la réalité.

Le chemin de Sarasvati est un roman « réaliste ». Si j’écrivais un conte, ce serait différent, car dans ce monde imaginaire et symbolique, les méchants en effet sont punis.

  1. 6-Dans Votre œuvre Le chemin de Sarasvatî Vous lancez un cri fort pour dénoncer la culture indienne qui chosifie la femme. Et on constate que la musique occupe une place de choix dans cette œuvre. Quel rôle joue la musique dans votre vie ?

La musique est en effet très importante pour moi, ainsi que le chant. Quand je suis arrivée à Anjouan avec d’autres écrivains, des femmes magnifiques en shiromani étaient venues nous accueillir avec des chants qui m’ont remuée jusqu’au fond du cœur. J’ai chanté avec elles et je les ai enregistrées, tout comme j’ai enregistré des jeunes Comoriens dans les écoles où je suis allée .

Je leur ai demandé de me chanter les chants qu’ils connaissaient. J’ai aussi assisté, enchantée, à cette soirée inoubliable où de jeunes slameurs de la Grande Comore ont dit leurs textes sur la plage. La fraîcheur de leurs paroles et leur énergie touchaient les fibres au plus profond !

En ce qui concerne la culture indienne qui chosifie la femme, hélas elle n’est pas la seule. Les cultures du monde entier chosifient la femme. Je vais en donner un seul exemple. En Inde j’ai été frappée par le fait que l’habit féminin est une perpétuelle source de préoccupation pour celle qui le porte : que ce soit le sari ou la penjabi dress, qui comporte cette écharpe destinée à cacher pudiquement les seins, écharpe qui tombe constamment et que l’on arrange à chaque instant.

Ensuite j’ai observé d’autres cultures et je me suis fait cette réflexion : on dirait que le vêtement de la femme est calculé soigneusement pour l’occuper et pour qu’elle ne pense qu’à lui toute la journée. Que ce soit le maquillage, les vêtements « à la mode » des cultures occidentales, que ce soit le voile porté dans beaucoup de pays (musulmans ou non), toutes les femmes du monde sont empêchées de réfléchir et de penser à leur destin, pendant qu’elles se demandent si elles sont bien coiffées ou si leur voile est bien en place.

Celles qui refusent cet esclavage et tentent de prouver leur valeur en tant qu’être humain et non en tant que « porte-manteau » sont aussitôt traitées d’impudiques ou de garçons manqués… Il leur faut du courage pour s’échapper de ces chaînes.

  1. 7-Madame Claire UBAC, Vous avez eu la chance de visiter les Comores et discuter avec certains écrivains comoriens, je pense également que vous avez lu des œuvres écrites par des comoriens. Comment trouvez-vous la littérature comorienne ? Pensez-vous écrire un jour quelque chose sur les Comores ?

J’ai eu la chance de rencontrer quelques écrivains comoriens, comme le très regretté conteur Salim Hatubou, qui m’a fait connaître les Comores ; l’écrivain au grand cœur Aboubacar Said Salim que je salue avec respect ; les poètes Anssoufouddine Mohamed et Nassuf Djailani et l’écrivain Soeuf Elbadawi et monsieur Attou qui s’occupe si bien des jeunes lecteurs. J’ai découvert grâce à la libraire Isabelle Mohammed l’écriture poignante de Touhfat Mouhtare. Il me manque certainement encore beaucoup de connaissances que je ne demande qu’à combler. Ce qui me frappe chez tous ces écrivains c’est une parole franche et libre, enrichie de poésie ou d’humour, et surtout engagée, car tous savent que leur destin appartient à leur énergie de lutte ; c’est ce qui fait la beauté et le prix de ces écritures.

Oui, j’aimerais écrire quelque chose sur les Comores ; pour l’instant les notes que j’ai écrites à ce sujet concernent les enfants, et -cela ne vous étonnera pas !-, la différence entre les garçons et les filles. Les premiers que j’ai vus courir librement sur le sable et se baigner librement alors que les secondes… non !

Un autre sujet qui m’a touchée, c’est les difficultés pour les jeunes gens d’épouser celle ou celui qu’ils aiment à cause de la coutume de la dot.

  1. 8-Que dites-vous aux gens qui pensent que « être écrivain » c’est dans les  gênes, on n’apprend pas à l’être ?

Je dirais que cette pensée est rétrograde !

Les travaux les plus récents des neurosciences nous apprennent que les connexions de notre cerveau se créent et se transforment par les différentes impulsions que nous leur procurons ; ainsi le cerveau s’améliore tout au long de la vie si on lui apporte la nourriture dont il a besoin : l’étude et la pratique. Deux individus qui auraient les mêmes gênes sont susceptibles d’évoluer fort différemment en fonction des stimulations apportées par le milieu et l’histoire de chacun.

Seuls le désir et la motivation comptent pour commencer à écrire. Ensuite, on trouve des outils et des techniques pour s’améliorer comme pour toute pratique. Je regrette beaucoup qu’à l’université de la Sorbonne, où j’ai suivi de longues études de lettres, il n’y avait aucun atelier d’écriture mais seulement des cours de commentaires littéraires. J’ai dû trouver mes techniques seules et j’ai ainsi perdu beaucoup de temps. Aujourd’hui grâce à Dieu il y a beaucoup plus de possibilités d’étudier l’écriture.

On apprend à peindre, on apprend à lire le solfège pour être musicien, et on apprend également à structurer un texte, à le calibrer en fonction de sa destination, à le rendre plus efficace.

  1. 9-Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

Un seul : se faire confiance, et écrire.

J’ai rencontré aux Comores beaucoup de jeunes gens qui suivent déjà ce conseil ! J’ai d’ailleurs apprécié que les adultes aux Comores encouragent ces talents. Ils sont très respectueux de la parole des plus jeunes, en leur donnant des espaces d’écoute que nos adolescents n’ont pas toujours ici en France. C’est une très belle pratique comorienne que d’échanger une parole littéraire, des poèmes et des chansons, tous âges confondus.

  1. 10-Dernier mot pour vos lecteurs comoriens.

J’ai trouvé aux Comores une qualité humaine précieuse, qui tient à la fois à l’Afrique et à l’esprit insulaire, mais qu’on ne trouve ni en Afrique continentale ni sur d’autres îles, car elle est unique. J’ai aimé leur esprit d’ouverture, et cette tolérance religieuse qui est le signe de la véritable foi, celle que j’admire tant chez le grand écrivain malien Amadou Hampaté Bâ.

Les jeunes gens que j’ai rencontrés, sincères et plein de talents, méritent le meilleur, et je souhaite qu’ils trouvent l’énergie de se mettre en quête de leurs rêves.

J’ai été aussi été très touchée de la souffrance produite par la séparation des îles, les « 4 sœurs » et je souhaite qu’elles soient un jour réunies.

Vivent les Comores et leurs habitants !

Merci de cette interview.

Claire ubac

 

 

Rencontre de Mohamed Loutfy avec JOAL

Photo Loutfi II

Propos recueillis par Abdillah Abdallah

1 Pouvez-vous vous  présenter Mohamed Loutfy ?

-Je suis né à Wani juste avant ce que l’histoire appelle « l’indépendance des Comores ».J’ai grandi au bord de la seule rivière qui traverse la ville de Wani. Au bord de cette rivière, se trouve l’école primaire où  j’ai chanté et appris l’alphabet .Au bord de cette rivière, se trouve également    le collège où j’ai lu mon premier livre. Au bord de cette rivière, se trouve  le lycée où j’ai écrit mon premier poème .Je suis donc l’enfant de cette rivière qui est devenue aujourd’hui une poubelle.

2-Comment êtes-vous venu à la poésie ?

-Les premières lectures qui m’ont véritablement marqués et que je peux considérer à l’origine de ma vocation, sont des recueils de poèmes : je pense à V. Hugo, à Baudelaire, à Prévert .Mais je me suis surtout intéressé avidement aux œuvres de Senghor, Césaire et Damas. Leur engagement politique m’avait tellement envahi. Ce n’est donc pas par hasard que j’ai commencé par la poésie.

3-« Des îles et des Jours à venir », pourquoi ce titre ? Ce titre ne présuppose pas, selon vous, une lueur d’espoir de vos îles dans l’avenir ?

-Ce titre, pour moi représente tout mon champs littéraire .Pour écrire, on a toujours besoin  d’un espace et d’un temps. Pour savoir donc qui on est, il faut se demander d’où est ce que l’on vient. Et la valeur du temps se détermine par un lieu que l’on aimerait toujours voir .Des îles  et des jours à venir, ce sont des îles et des jours à propos de l’avenir.

4-Vous chantez votre amour envers votre pays et vous dénoncez la mort qui frappe les comoriens dans ce bras de mer qui relie Anjouan et Mayotte. Vous considérez –vous comme un écrivain « engagé »Prenant parti aux souffrances de son pays ?

-Dans tout ce qu’ un écrivain peut se créer comme défi ,l’être humain doit être au centre de ses préoccupations .Hélas, le problème de Mayotte reste d’actualité et se trouve au cœur des préoccupations de nombreux comoriens. En tant qu’écrivain je ne peux pas l’ignorer. Vous savez que l’une des conséquences majeurs qu’a entrainé cette question, c’est qu’elle a déchiré le tissu social comorien. Qui n’a jamais ,dans ces îles, été touché par ce drame ?

5-Dans votre œuvre, je lis Roucoulement de Nassuf Djailani .Qu’est-ce que cet écrivain représente pour vous ?

-Je suis aujourd’hui. Nous habitons la même couleur spatiale et la même odeur temporaire. Et c’est normal. Historiquement, nous vivons les mêmes épreuves et les mêmes folies. Nous sommes tous des enfants des iles et cela nous conduit, qu’on le veuille ou non,  à un « conscient collectif ».Nassuf Djailani est, pour moi, un insulaire qui a refusé, dans Roucoulement, d’être  indifférent à l’image ignoble qu’on attribue à ses frères insulaires.

6-Votre poésie vous présente comme un écrivain déterminé à transmettre des messages forts et vrais .Est-ce que une poésie de la conscience ?

-Poésie de la conscience comme vous voulez, mais je ne crois pas que j’écris  pour transmettre des messages.L’ acte d écriture ,pour moi,implique le refus de la vie telle qu ‘elle est.J’ écris donc pour refuser ce monde qu’on nous exige de prendre et de consommer.

7-Les écrivains Comoriens sont plus lus en dehors des Comores. Quelles solutions préconisez-vous ?

-Il faut une stratégie  et une démarche pour asseoir un environnement favorable aux œuvres des Comoriens. Il   manque une volonté dans toutes les instances. Le jour où on comprendra que le livre est un objet qui peut être au service du développement, on lui accordera  sa place.  En plus ,nous sommes édités à l’étranger, ce qui fait qu’à l’intérieur, le livre coute  cher. Il faut penser à une maison d édition  locale. Mais surtout, il faut que nous    nous attribuons notre littérature. Le produit comorien doit faire l’objet de débat et de discussion dans notre université, dans nos établissements  scolaires et nos médias.

8-Quel serait votre message pour les comoriens.

-Très simple : il faut comprendre qu’un peuple qui n’a pas accès au livre , est un peuple qui prendra tous les retards du monde et risque d’être condamné à l’exclusion .Qu’est ce que  nous attendons pour asseoir une politique en faveur du livre ? Un livre suscite toujours une réflexion et donc les manipulations mentales ne passent pas facilement. Regardez bien autour de vous, je sais que vous n’êtes pas content

9- A quand le prochain ?

-Mon deuxième titre est déjà sorti.C’est un recueil de poèmes que j ‘ai choisi d ‘écrire en shikomori,pour la promotion de la langue comorienne.Mais j’ ai sur ma table, une pièce de théâtre qui est déjà finie et en projet ,un essai.

Merci

Rencontre de Monsieur Attou avec Joal

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Rencontre de Monsieur Attou avec JOAL

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Attou photo

Propos recueillis par Abdillah Abdallah

1- Monsieur Attou, Vous êtes un des fondateurs  du Club JOAL (Jeunes Ouaniens Amoureux de la Littérature).Pensez-vous que la littérature est vraiment nécessaire à l’évolution et à l’épanouissement des Jeunes ?

Depuis que je dirige le club de lecture JOAL, j’ai appris beaucoup de choses, étant en contact permanent avec ces jeunes. Rien qu’en les observant, j’affirme que la littérature contribue à l’évolution rapide de ces futurs écrivains. Sachez aussi qu’ils ont pris part à plusieurs concours d’écriture en dehors de Ouani, en l’occurrence le Canada, concours franco jeune de l’océan indien etc., depuis ils ne cessent de progresser et toujours prêts à relever d’autres défis.

2- Vous avez déjà publié un recueil de poème intitulé Ylang-ylang en fumée en 2012. Aujourd’hui vous publiez une pièce de théâtre. Pourquoi avoir choisi cette fois le théâtre ?

Merci de cette remarque pertinente. Vous savez quand on écrit pour la première fois, on ignore encore le genre qui va vous propulser loin de vos frontières. Pour vous répondre du tac au tac, je dirai simplement que je suis en phase d’expérimentation.

3- Le titre d’une œuvre est toujours significatif. Pourquoi « Drapeau en berne » ?

(Rire)Avant, ma pièce portait le titre de cellule numéro 6.Vous ne trouvez pas si triste ? Eh !bien la succession des mois m’a assommé et j’ai fini par changer d’avis. Mon but est de frapper fort. Soudain le titre de Drapeau en berne s’est imposé sans résistance .Drapeau en berne, parce que, un pays est envahi par des étrangers blancs qui transgressent toutes les résolutions de l’ONU .Ainsi tous les jours , aux iles aux cœlacanthes, l’odeur de l’encens ennuage les cases de ces pauvres et faibles autochtones par ce qu’ un membre de la famille s’est noyé dans le plus grand cimetière marin Johanna –Mayotte. N’en parlons pas aussi la maltraitance que vit ce peuple au quotidien dans leur propre ile, Mayotte, d’où mon devoir de mettre le drapeau en berne en signe de respect pour les morts et ainsi attirer l’attention de la communauté internationale.

4- Pouvez-vous présenter « Drapeau en berne » pour exciter l’envie et la curiosité de ceux qui n’ont pas encore eu  la chance de le lire ?

Bien sur que oui. C’est l’histoire d’un professeur d’histoire-Géographie nommé Maworé Komory. A bord d’un Kwassa kwassa mouillé jusqu’à sa poupe, M.K se rend à Mayotte pour se soigner. Contre tout attente, la PAF l’a surpris avec les autres passagers à l’entrée de Mtsamboro. Sans tarder, ils se trouvent enchainés de la tête aux pieds comme des criminels récidivistes, ensuite enfermés au centre de détention de Pamandzi. Maltraités, insultés, ils subissent les traitements les plus atroces de la terre attendant leur expulsion imminente.

Au troisième acte Maworé Komory se trouve face au commissaire Kaistion de Lisle pour lui prouver que Mayotte fait partie des iles aux cœlacanthes, que son pays Ngouvou doit impérativement respecter les résolutions des Nations Unies.En peu de mot, je ne peux pas tout raconter ici, le mieux est de se procurer du livre pour connaitre la suite de la trame. Le livre est disponible à la bouquinerie de Habomo à Mutsamudu, au clac de Ouani, aux sites suivants : edilivre.com ; chapitre.com ; fnac.com et amazon.fr

5- Vos personnages ont des noms qui me paraissent un peu bizarre : Magochi Ntchora, Maworé komory et Taambou RIMOKO. Pourquoi, ces noms ?

On dirait que vous êtes le premier à lire la pièce, bravo, je t’en félicite. En ce qui concerne les noms, à ce que j’ai entendu vous les trouvez bizarres. Pourtant ce sont des noms typiquement comoriens .Ne vous en faites pas, je vous réponds maintenant. En fait Magochi Ntchora est un surnom. Je vois ce drôle de tête que vous me faites, mais je n’ai pas terminé. Il est de parents mahorais, il a étudié à Ouani jusqu’à la classe de première. Voici son secret, il porte des chaussures pointe 68, plus aiguisées que les << Ntchora >> de Zakaria le plongeur de Nkoni Voi Mdroo.

Faisons maintenant la connaissance de Maworé Komory, c’est le centre de gravité où tournent toutes les planètes. Son nom n’est pas du tout gratuit, Maworé Komory signifie Mayotte est comorienne.Enfin pour terminer, je vous laisse deviner le nom de Taambou Rimoko, je joue un jeu de miroir, ne grincez pas vos dents, regardez bien les lettres, donnez vous la peine, la réponse est sous vos yeux. Bonne chance !

6- Avez-vous des confrères ou des consœurs écrivains autres que des comoriens ?

Tapis rouge à Mathurin Goli Bi Irié, écrivain, censeur au lycée Moderne 1 de grand- Bassam en côte d’Ivoire. Sans lui Drapeau en Berne serait couvert de poussière, rongé par des cafards affamés dans un tiroir en bambou .Kobena, Marshall, Cheick Soilé, tous des auteurs ivoiriens que j’entretienne des relations de fraternité africaine. Du côté du Canada, Daniel Ducharme, mari de Saandia Allaoui, deux autres écrivains mauriciens, une femme malgache et un réunionnais, assez maintenant pour ne pas remplir cette page des noms de célébrités.

7- Cela fait quoi, être écrivain aux Comores ?

D’emblée je tiens à souligner une chose, l’écriture ne nourrit pas son artiste constat amer pour mon pays, c’est une passion au même titre que les jeux de carte, jeu de dame etc. La cherté des livres fait que l’écrivain comorien demeure totalement inconnu .Cependant, une lueur d’espoir voit le jour, le nombre d’écrivains comoriens augmente tous les jours, c’est un bon signe pour pouvoir exporter notre littérature ailleurs.

8-Quel regard portez-vous sur la littérature comorienne ?

C’est une littérature qui gagne petit à petit du terrain dans le monde. Les acteurs politiques devraient quand même faire des efforts pour la libérer des nasses auxquelles elle reste prisonnière. Mettre en pratique les accords de Florence qui exonèrent les livres des droits de douane. Ainsi le livre sera accessible à tous, du coup la littérature aura droit de cité, c’est ce que je suggère pour le moment, ensuite on verra ……

9- Un dernier mot à nos lecteurs ?

Je rappelle à tout le monde que la première sourate révélée à notre prophète Muhammad, que la paix soit sur lui, est <<Ikraa>> qui signifie lis. En d’autres termes la lecture est la base de cette communauté, par extension, je dirai encore que c’est la communauté par excellence de la lecture. Vous pouvez constater vous-même que les nations sur le piédestal sont celles qui lisent beaucoup, la science illumine leur pays.Je crois avoir répondu à toutes vos questions, je remercie du fond du cœur ALLAH, exalté soit- il, mon créateur, qui m’a permis de terminer cette interview sans égratignure. Merci à vous aussi.