Rencontre de Mohamed Loutfy avec JOAL

Photo Loutfi II

Propos recueillis par Abdillah Abdallah

1 Pouvez-vous vous  présenter Mohamed Loutfy ?

-Je suis né à Wani juste avant ce que l’histoire appelle « l’indépendance des Comores ».J’ai grandi au bord de la seule rivière qui traverse la ville de Wani. Au bord de cette rivière, se trouve l’école primaire où  j’ai chanté et appris l’alphabet .Au bord de cette rivière, se trouve également    le collège où j’ai lu mon premier livre. Au bord de cette rivière, se trouve  le lycée où j’ai écrit mon premier poème .Je suis donc l’enfant de cette rivière qui est devenue aujourd’hui une poubelle.

2-Comment êtes-vous venu à la poésie ?

-Les premières lectures qui m’ont véritablement marqués et que je peux considérer à l’origine de ma vocation, sont des recueils de poèmes : je pense à V. Hugo, à Baudelaire, à Prévert .Mais je me suis surtout intéressé avidement aux œuvres de Senghor, Césaire et Damas. Leur engagement politique m’avait tellement envahi. Ce n’est donc pas par hasard que j’ai commencé par la poésie.

3-« Des îles et des Jours à venir », pourquoi ce titre ? Ce titre ne présuppose pas, selon vous, une lueur d’espoir de vos îles dans l’avenir ?

-Ce titre, pour moi représente tout mon champs littéraire .Pour écrire, on a toujours besoin  d’un espace et d’un temps. Pour savoir donc qui on est, il faut se demander d’où est ce que l’on vient. Et la valeur du temps se détermine par un lieu que l’on aimerait toujours voir .Des îles  et des jours à venir, ce sont des îles et des jours à propos de l’avenir.

4-Vous chantez votre amour envers votre pays et vous dénoncez la mort qui frappe les comoriens dans ce bras de mer qui relie Anjouan et Mayotte. Vous considérez –vous comme un écrivain « engagé »Prenant parti aux souffrances de son pays ?

-Dans tout ce qu’ un écrivain peut se créer comme défi ,l’être humain doit être au centre de ses préoccupations .Hélas, le problème de Mayotte reste d’actualité et se trouve au cœur des préoccupations de nombreux comoriens. En tant qu’écrivain je ne peux pas l’ignorer. Vous savez que l’une des conséquences majeurs qu’a entrainé cette question, c’est qu’elle a déchiré le tissu social comorien. Qui n’a jamais ,dans ces îles, été touché par ce drame ?

5-Dans votre œuvre, je lis Roucoulement de Nassuf Djailani .Qu’est-ce que cet écrivain représente pour vous ?

-Je suis aujourd’hui. Nous habitons la même couleur spatiale et la même odeur temporaire. Et c’est normal. Historiquement, nous vivons les mêmes épreuves et les mêmes folies. Nous sommes tous des enfants des iles et cela nous conduit, qu’on le veuille ou non,  à un « conscient collectif ».Nassuf Djailani est, pour moi, un insulaire qui a refusé, dans Roucoulement, d’être  indifférent à l’image ignoble qu’on attribue à ses frères insulaires.

6-Votre poésie vous présente comme un écrivain déterminé à transmettre des messages forts et vrais .Est-ce que une poésie de la conscience ?

-Poésie de la conscience comme vous voulez, mais je ne crois pas que j’écris  pour transmettre des messages.L’ acte d écriture ,pour moi,implique le refus de la vie telle qu ‘elle est.J’ écris donc pour refuser ce monde qu’on nous exige de prendre et de consommer.

7-Les écrivains Comoriens sont plus lus en dehors des Comores. Quelles solutions préconisez-vous ?

-Il faut une stratégie  et une démarche pour asseoir un environnement favorable aux œuvres des Comoriens. Il   manque une volonté dans toutes les instances. Le jour où on comprendra que le livre est un objet qui peut être au service du développement, on lui accordera  sa place.  En plus ,nous sommes édités à l’étranger, ce qui fait qu’à l’intérieur, le livre coute  cher. Il faut penser à une maison d édition  locale. Mais surtout, il faut que nous    nous attribuons notre littérature. Le produit comorien doit faire l’objet de débat et de discussion dans notre université, dans nos établissements  scolaires et nos médias.

8-Quel serait votre message pour les comoriens.

-Très simple : il faut comprendre qu’un peuple qui n’a pas accès au livre , est un peuple qui prendra tous les retards du monde et risque d’être condamné à l’exclusion .Qu’est ce que  nous attendons pour asseoir une politique en faveur du livre ? Un livre suscite toujours une réflexion et donc les manipulations mentales ne passent pas facilement. Regardez bien autour de vous, je sais que vous n’êtes pas content

9- A quand le prochain ?

-Mon deuxième titre est déjà sorti.C’est un recueil de poèmes que j ‘ai choisi d ‘écrire en shikomori,pour la promotion de la langue comorienne.Mais j’ ai sur ma table, une pièce de théâtre qui est déjà finie et en projet ,un essai.

Merci

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Rencontre de Monsieur Attou avec Joal

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Rencontre de Monsieur Attou avec JOAL

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Attou photo

Propos recueillis par Abdillah Abdallah

1- Monsieur Attou, Vous êtes un des fondateurs  du Club JOAL (Jeunes Ouaniens Amoureux de la Littérature).Pensez-vous que la littérature est vraiment nécessaire à l’évolution et à l’épanouissement des Jeunes ?

Depuis que je dirige le club de lecture JOAL, j’ai appris beaucoup de choses, étant en contact permanent avec ces jeunes. Rien qu’en les observant, j’affirme que la littérature contribue à l’évolution rapide de ces futurs écrivains. Sachez aussi qu’ils ont pris part à plusieurs concours d’écriture en dehors de Ouani, en l’occurrence le Canada, concours franco jeune de l’océan indien etc., depuis ils ne cessent de progresser et toujours prêts à relever d’autres défis.

2- Vous avez déjà publié un recueil de poème intitulé Ylang-ylang en fumée en 2012. Aujourd’hui vous publiez une pièce de théâtre. Pourquoi avoir choisi cette fois le théâtre ?

Merci de cette remarque pertinente. Vous savez quand on écrit pour la première fois, on ignore encore le genre qui va vous propulser loin de vos frontières. Pour vous répondre du tac au tac, je dirai simplement que je suis en phase d’expérimentation.

3- Le titre d’une œuvre est toujours significatif. Pourquoi « Drapeau en berne » ?

(Rire)Avant, ma pièce portait le titre de cellule numéro 6.Vous ne trouvez pas si triste ? Eh !bien la succession des mois m’a assommé et j’ai fini par changer d’avis. Mon but est de frapper fort. Soudain le titre de Drapeau en berne s’est imposé sans résistance .Drapeau en berne, parce que, un pays est envahi par des étrangers blancs qui transgressent toutes les résolutions de l’ONU .Ainsi tous les jours , aux iles aux cœlacanthes, l’odeur de l’encens ennuage les cases de ces pauvres et faibles autochtones par ce qu’ un membre de la famille s’est noyé dans le plus grand cimetière marin Johanna –Mayotte. N’en parlons pas aussi la maltraitance que vit ce peuple au quotidien dans leur propre ile, Mayotte, d’où mon devoir de mettre le drapeau en berne en signe de respect pour les morts et ainsi attirer l’attention de la communauté internationale.

4- Pouvez-vous présenter « Drapeau en berne » pour exciter l’envie et la curiosité de ceux qui n’ont pas encore eu  la chance de le lire ?

Bien sur que oui. C’est l’histoire d’un professeur d’histoire-Géographie nommé Maworé Komory. A bord d’un Kwassa kwassa mouillé jusqu’à sa poupe, M.K se rend à Mayotte pour se soigner. Contre tout attente, la PAF l’a surpris avec les autres passagers à l’entrée de Mtsamboro. Sans tarder, ils se trouvent enchainés de la tête aux pieds comme des criminels récidivistes, ensuite enfermés au centre de détention de Pamandzi. Maltraités, insultés, ils subissent les traitements les plus atroces de la terre attendant leur expulsion imminente.

Au troisième acte Maworé Komory se trouve face au commissaire Kaistion de Lisle pour lui prouver que Mayotte fait partie des iles aux cœlacanthes, que son pays Ngouvou doit impérativement respecter les résolutions des Nations Unies.En peu de mot, je ne peux pas tout raconter ici, le mieux est de se procurer du livre pour connaitre la suite de la trame. Le livre est disponible à la bouquinerie de Habomo à Mutsamudu, au clac de Ouani, aux sites suivants : edilivre.com ; chapitre.com ; fnac.com et amazon.fr

5- Vos personnages ont des noms qui me paraissent un peu bizarre : Magochi Ntchora, Maworé komory et Taambou RIMOKO. Pourquoi, ces noms ?

On dirait que vous êtes le premier à lire la pièce, bravo, je t’en félicite. En ce qui concerne les noms, à ce que j’ai entendu vous les trouvez bizarres. Pourtant ce sont des noms typiquement comoriens .Ne vous en faites pas, je vous réponds maintenant. En fait Magochi Ntchora est un surnom. Je vois ce drôle de tête que vous me faites, mais je n’ai pas terminé. Il est de parents mahorais, il a étudié à Ouani jusqu’à la classe de première. Voici son secret, il porte des chaussures pointe 68, plus aiguisées que les << Ntchora >> de Zakaria le plongeur de Nkoni Voi Mdroo.

Faisons maintenant la connaissance de Maworé Komory, c’est le centre de gravité où tournent toutes les planètes. Son nom n’est pas du tout gratuit, Maworé Komory signifie Mayotte est comorienne.Enfin pour terminer, je vous laisse deviner le nom de Taambou Rimoko, je joue un jeu de miroir, ne grincez pas vos dents, regardez bien les lettres, donnez vous la peine, la réponse est sous vos yeux. Bonne chance !

6- Avez-vous des confrères ou des consœurs écrivains autres que des comoriens ?

Tapis rouge à Mathurin Goli Bi Irié, écrivain, censeur au lycée Moderne 1 de grand- Bassam en côte d’Ivoire. Sans lui Drapeau en Berne serait couvert de poussière, rongé par des cafards affamés dans un tiroir en bambou .Kobena, Marshall, Cheick Soilé, tous des auteurs ivoiriens que j’entretienne des relations de fraternité africaine. Du côté du Canada, Daniel Ducharme, mari de Saandia Allaoui, deux autres écrivains mauriciens, une femme malgache et un réunionnais, assez maintenant pour ne pas remplir cette page des noms de célébrités.

7- Cela fait quoi, être écrivain aux Comores ?

D’emblée je tiens à souligner une chose, l’écriture ne nourrit pas son artiste constat amer pour mon pays, c’est une passion au même titre que les jeux de carte, jeu de dame etc. La cherté des livres fait que l’écrivain comorien demeure totalement inconnu .Cependant, une lueur d’espoir voit le jour, le nombre d’écrivains comoriens augmente tous les jours, c’est un bon signe pour pouvoir exporter notre littérature ailleurs.

8-Quel regard portez-vous sur la littérature comorienne ?

C’est une littérature qui gagne petit à petit du terrain dans le monde. Les acteurs politiques devraient quand même faire des efforts pour la libérer des nasses auxquelles elle reste prisonnière. Mettre en pratique les accords de Florence qui exonèrent les livres des droits de douane. Ainsi le livre sera accessible à tous, du coup la littérature aura droit de cité, c’est ce que je suggère pour le moment, ensuite on verra ……

9- Un dernier mot à nos lecteurs ?

Je rappelle à tout le monde que la première sourate révélée à notre prophète Muhammad, que la paix soit sur lui, est <<Ikraa>> qui signifie lis. En d’autres termes la lecture est la base de cette communauté, par extension, je dirai encore que c’est la communauté par excellence de la lecture. Vous pouvez constater vous-même que les nations sur le piédestal sont celles qui lisent beaucoup, la science illumine leur pays.Je crois avoir répondu à toutes vos questions, je remercie du fond du cœur ALLAH, exalté soit- il, mon créateur, qui m’a permis de terminer cette interview sans égratignure. Merci à vous aussi.