RENCONTRE DU MUSICIEN PALA AVEC JOAL

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Interview organisée par Abdillah Abdallah

 Permettez moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur PALA, le premier musicien que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter  

1- Monsieur PALA, vous êtes un prof de français. D’où vous vient cette passion pour la musique ? Bonjour ! Tout d’abord, permettez-moi de saluer nos lecteurs aussi de rectifier certaines choses du moins et d’apporter certaines précisions. Je suis certes, enseignant, mais enseignant de linguistique en général, c’est-à-dire, cela concerne toutes les langues du monde, de manière scientifique.

Maintenant, pour répondre à votre question, je peux dire aujourd’hui avec le recul, que la musique est pour moi une vocation, une  passion qui dormait en moi depuis mon essence ; elle a commencé à germer dès mes bas âges, autrement dit dans les 7, 8, 9, et 10 ans, par-là, on m’a raconté que je passais d’une maison à une autre pour chanter et danser. J’avais même fondé un groupe musical dans mon quartier » Kilingueni ». Il portait le nom Flambeau ; allez demander pourquoi je l’ignore ! J’étais déjà chanteur, compositeur, interprète inné. Mon groupe était composé de  MM Ahamadi Abdallah Moirab, Ben Cheikh, Yahaya Djanffar et Washington et comme j’étais le chanteur principal, feu Mohamed Nourdine m’a repéré puisqu’il vivait dans leur ancienne maison de Kilingueni, on se produisait dans sa petite cour,  on est devenu amis à force d’assister à nos manifestations. Il avait l’habitude de m’appeler dans sa piaule pour que je chante pour ses morceaux ; il prenait mes mélodies, il les notait sur un bout de papier, et gardait toujours sa guitare à la main et en récompense, il nous prêtait ses maracasses et des petits tomes, chaque fois qu’on se produisait. D’ailleurs, une de mes chansons de l’époque fut reprise par le grand Joujou des Comores à l’époque d’Ali Soilihi, c’est Mabweni mlo mijini ; en fait, c’était deux petits morceaux que j’avais confié à feu Ibrahim Saindou, il en a fait un seul, en utilisant l’un comme introduction et l’autre comme chanson. Mais à cette époque, on avait d’autres petits morceaux dont le plus connu dans le quartier « Miradji aviri ahundzu  nyumbé bakokwangu tsumu de abaki ».Même, Oirdi Zahir  venait assister souvent à nos spectacles.

 2- Quels sont les musiciens qui ont joué un rôle dans votre vie de musicien?

Si l’on reste dans le cadre de Joujou, naturellement, c’est feu Ibrahim Saindou qui m’a beaucoup marqué. Il fut notre professeur, à nous tous, surtout les musiciens de Joujou moderne. Il fut le compositeur principal. Il nous enseignait même la façon de chanter et de faire des duos, ne soyons pas ingrats ! Il est vrai qu’à l’époque de Ali Soilihi, l’apogée de notre orchestre, ce qui constitua notre succès ou notre suprématie par  rapport aux autres groupes des Comores, on avait trois compositeurs, Ibrahim lui-même, feu Raslane Abdou, le claviste et moi-même. Quand l’un de nous proposait une mélodie, on la travaillait ensemble, chacun de nous apportait sa touche pour l’améliorer, d’où notre force ou notre secret !

 3- Monsieur PALA, vous êtes membre de Joujou des Comores depuis longtemps et vous avez déjà eu l’occasion d’être invité en tant que musicien à l’étranger. Qu’avez-vous découvert de nouveau dans le monde de la musique ?

D’abord quand j’étais en France, de 1985 à 1989, on avait fondé un groupe comorien, avec des musiciens de Ngazidja et d’Anjouan. J’étais le chanteur principal. Ce fut une belle expérience, riche en enseignement. J’ai eu le privilège d’évoluer aux cotés de grands musiciens jeunes, de différents horizons. Mais celui qui m’a beaucoup marqué, c’est « Black », un jeune musicien français, qui jouait seul sur sa guitare. Il avait beaucoup de boites d’effet, (10 au total) et quand il jouait, même de la musique orientale, on aurait dit qu’il est né dans les pays  arabes ou asiatiques. Il m’a beaucoup appris en matière de musique. Mais un peu plus tard  quand je suis rentré au pays, on a été invité au Festival Créole de Rodrigues en 2002. En effet, j’en profite aussi pour  rendre un grand hommage au Colonel Ahmed Sidi, quand il était Ministre de la Culture, dans le premier Gouvernement de Azali I. Il ne ménagea aucun effort pour qu’on soit invité officiellement à ce festival par le Gouvernement de Maurice. On ne saura jamais le remercier assez, car c’était encore à l’époque de la Crise séparatiste d’Anjouan. Ce n’était pas évident ! Là-bas à Rodrigues, toutes les iles de l’Océan indien étaient invitées (Madagascar, La Réunion, Maurice, les Seychelles et les Comores). On eut les honneurs puisque c’est nous les premiers groupes à monter sur scène, sur vingt groupes, j’ai eu l’occasion aussi de jouer avec des musiciens étrangers notamment avec l’ami Richard, un bassiste malgache qui nous a donné un coup de main car on n’avait pas de bassiste. Notre ami malgache a découvert aussi la musique comorienne et l’a appréciée. Il y a pris gout, et les jours suivants, c’est lui-même qui venait nous réveillait pour répéter, comme quoi, la musique n’a pas de frontière !

 4- Depuis son origine, Joujou fut marqué par une succession de musiciens, et chaque groupe avait son nom, nous avons les Eddines, les boutons noirs, Sphinx, Sunga. Dans quelle génération pouvons-nous vous situer ? Quelle est la particularité de votre génération ?

Moi, je peux me situer officiellement juste après les Sphinx, c’est-à-dire la génération de Raslane, Ahmed Omar, Houmad Oussene (Trotro), Abasse Abdérémane…Mon groupe s’appelait « Comores Classiques ». C’était Abdallah ben Ali (bassiste), Oirdi Zahir (l’accompagnateur), Nadjib Abdouroihaman (soliste compositeur), Attoumane Abdou Zoubert (l’accompagnateur), Zidini Abdouroibi (chanteur) et moi (le batteur- chanteur- compositeur). Mais la vie de ce groupe a été de courte durée, car à l’époque d’Ali Soilihi tout est allé très vite ; quand on a passé le concours national de musique pour déterminer le meilleur orchestre des Comores, en 1976, si ma mémoire ne me fait pas défaut, nous avons remporté le prix de la chanson comorienne. On est devenu orchestre national ; et du coup, il fallait réunir tous nos efforts pour répondre à cette exigence, c’est-à-dire demeurer toujours les meilleurs. Donc, il n’y avait plus lieu de micro group au sein de l’orchestre. L’égo n’était plus admis, la solidarité était de mise. On a réuni nos forces, nos talents et ça marchait, voilà le secret !

 5- Que répondrez-vous à ceux qui pensent qu’un musicien doit boire de l’alcool et fumer de l’herbe ?

Non ! un musicien ne doit pas forcément boire ou fumer pour rayonner. Feu Ibrahim Saindou n’a jamais touché à l’alcool ou à la drogue et pourtant il était très talentueux. Mais il est vrai que souvent, on se laisse emporté par le plaisir, surtout les jeunes quand ils sont en groupe. Il y a les influences. Ils y en ont qui le font, soi-disant qu’ils veulent vaincre le trac (ce stress qui t’envahit avant de monter sur scène, ne sachant pas ce qui t’attend, au moment d’affronter le public ! Je me rappelle d’une interview du grand Johnny Halliday quand j’étais en France, qui disait qu’à chaque fois qu’il montait sur scène, il avait le trac, et Dieu sait le nombre de fois qu’il y est monté, avec un public acquis à sa cause, c’est-à-dire les fans ! Mais cela dit, je n’encouragerai jamais les jeunes à s’adonner à ces genres de plaisir. En buvant ou en fumant de la drogue, cela a des conséquences néfastes plus tard sur la santé. Avec l’alcool, on attrape la cirrhose, cancer de foie, et on finit par mourir. Et avec la drogue, on a le cancer des poumons et on meurt comme Bob MARLEY. Devenez des musiciens « Clean », sans toucher à l’alcool ou à la drogue. Moi qui vous le dis, j’en sais quelque chose ! Suivez donc mes conseils, musique, eau potable et sport, telle est la devise que je préconise pour les jeunes talents de demain inshallah ! Ce choix de musicien « clean » nous a valu une invitation de prestige à Koungou (Mayotte). En effet, l’ancien Maire de cette ville Koungou, Monsieur RAOUS nous a rencontrés par hasard dans une pension à Mtsapéré, quand l’ancien Directeur du CMAC Mr KORDJI nous avait invités à prendre part à la 6ème édition de festival musical de Mayotte au Baobab (Mtsapéré). Quand KORDJI nous a présentés à lui en déclinant notre identité, RAOUS fut vraiment séduit, non pas pour notre talent, mais par nos différentes professions, en tant que musiciens. Alors, il a décidé sur le champ d’organiser un spectacle spécial pour ses jeunes collégiens, car, dit-il, à Mayotte on assimile souvent la musique à la drogue. Et quand il apprit, nous, on était des professeurs de français, de physique, de linguistique, de philosophie, docteur …alors, il tombe sous le charme et nous invite dans sa commune. Ce soir-là, vers 18 heures, toute la salle de spectacle de Koungou  était comblée. Les collégiens de la 6ème à la 3ème et des adultes avaient occupé tout l’espace. J’ai jamais vu Foudhoyla prendre autant de plaisir en chantant UDZIMA.Tous les enfants avaient repris la chanson avec elle du début à la fin. Ce fut une réussite ! La soirée finit par les présentations, puisque c’était l’objectif affiché par RAOUS. Et chacun de nous devait décliner son identité devant les jeunes collégiens pour leur montrer que le musicien n’est pas forcément un délinquant. Monsieur RAOUS, bien comblé, nous a invité à un restaurant chic à Mamoudzou pour un diner spécial et nous a offert un « cachet » imprévu de 1000 euros.

 6- Monsieur PALA, dans l’orchestre Joujou nous vous connaissons en tant que chanteur. Est-ce que c’est votre seul domaine de prédilection ? S’il y en avait d’autres, pouvez-vous nous les décrire ?

 Les « JOUJOU » s’étaient engagés dès leur fondation dans des thèmes satiriques et militants. cela les avait fait briller de mille feux aux Comores et en dehors des Comores. je parle de : « wu dzima » ; « Mgangi» ; « HAZI » ; « MALI YA MAHA SABA » Pourquoi aujourd’hui vous vous limitez seulement à animer des toirabs ? Il est vrai que l’époque d’Ali Soilihi constitue l’apogée de notre orchestre, Joujou fit la fierté de toute la ville de Ouani et jusqu’à maintenant, souvenez-vous de ce morceau Udzima, composé en 1977, mais repris en 2008 en CD et mis dans un clip (avec images). Au passage, sachez que nous fûmes les premiers à sortir un clip aussi réussi ; avec des images claires et nettes, mais surtout vantant la paysage de chez nous ( la mer l’aeroport, la verdure de nos montagnes, ect.) , parce que tout simplement, nous avons eu la chance de bénéficier du talent exceptionnel de Mr Mihidjay Mohamed de Paris, originaire de Ouani, le frère de Pompidou. C’est quelqu’un qui avait remporté le 1èr prix en image en France lors d’un concours. Donc, il a su mettre son talent au service de ses frères d’Anjouan et d’Ouani, car dans cet album, il y avait aussi Dossar, Hamid Ben Cheikh de Domoni et tant d’autres. Notre engagement à travers nos thèmes, c’était un choix, une conviction, mais en même temps, on répondait aussi à une certaine exigence. A l’époque d’Ali Soilihi, les chansons aux thèmes d’amour ne passaient pas aux antennes de Radio Comores. Il fallait proposer des thèmes d’intérêt commun, en harmonie avec le développement, le progrès. En outre, on jouait astucieusement ; lorsque le président Ali Soilihi avait une réunion publique à la présidence, ou un meeting quelconque, on envoyait toujours un émissaire pour écouter et prendre notes du programme à venir. Ensuite, on composait en mettant en exergue le ou les projet (s) à court terme. Après, on s’arrangeait pour que le morceau sorte avant l’exécution du projet. Ainsi, le Président Ali Soilihi se servait à son tour, de la chanson, pour animer ses émissions d’éducation et d’émancipation du peuple. Ce qui renforçait toujours notre statut et nous rendait invulnérable vis-à-vis de nos concurrents. Donc, notre musique allait toujours en symbiose harmonie avec la politique progressiste du « frère » Ali. Pour répondre à l’autre aspect de votre question, pourquoi se limite-t-on aujourd’hui à ne jouer que des Toirabs. La vérité, il n’existe plus de Joujou des Comores aujourd’hui. Pour votre information, d’abord, dans notre statut, il n’est pas porté la mention « Des Comores », après Joujou, non ! C’est mentionné, seulement « Joujou » de Ouani. Mais, par reconnaissance de notre talent, de notre suprématie musicale au niveau national, ce sont les grand-comoriens qui nous ont collé cette étiquette « Joujou des Comores ». Ils nous ont dit en face, lors d’un concert public à Moroni, que vous n’êtes plus Joujou d’Anjouan, mais « Joujou des Comores ». Depuis, on porte cette belle étiquette ! Aujourd’hui, comme on a perdu cette gloire, plus de musicien ou talents ouaniens émergeant au niveau national, même la façon de jouer ou de se produire sur scène a radicalement changé. On ne compte plus sur l’échiquier musical national ni individuellement, ni collectivement, pourquoi se cacher derrière un masque pour dire que Joujou est encore là, et il y en a qui se permette même de monopoliser ce nom et en excluant d’autres, c’est insensé, scandaleux même ! On devait plutôt rendre un vibrant hommage à nos aînés qui nous ont legué ce bijou de nos jours « Joujou » fait partie du patrimoine culturel de Ouani et même des Comores, puisque des mémoires de fin d’études, soit à Mvouni ou ailleurs ont été rédigés sous le thème de Joujou des Comores. Les gens veulent savoir, découvrir le secret de ces talents, même la Radion Nationale Tanzanienne diffusait nos morceaux. J’ai entendu personnellement Foudhoyla chanter  dans la Radio nationale de Tanzanie. D’ailleurs comme nos professeurs d’instruments à vent étaient des militaires tanzaniens, on avait projeté de se rendre en Tanzanie en 1978. Helas ! Notre rêve fut brisé le 13 mai 1978, à la suite du coup d’état perpétré contre Ali Soilihi. Donc, aujourd’hui, si Joujou, général, se limite à ne jouer que des Toirabs, ça va de soi. On n’a plus ce courage-là, cette motivation d’antan.En plus, on n’a plus de jeunes compositeurs modernes qui puissent prendre le relais. De nos jours, la musique se fait à l’ordinateur. Tout le monde devient musicien du jour au lendemain. C’est Ramzane, Joe qui essaie, tant bien que mal de garder la flamme allumée pour qu’elle ne s’éteigne pas complètement, en encourageant les jeunes à jouer de la guitare, batterie et chanter. Honneur à lui, car il le fait avec ses propres instruments. Vous savez, les temps ont changé et on n’a pas su prendre le virage au moment opportun comme les autres. Autrefois, on jouait de la musique en live et en tant qu’amateurs. On était de jeunes lycéens, mais en même temps on faisait de la musique comme loisir. On n’avait pas de charges familiales ; alors qu’aujourd’hui ; on travaille ; on a des enfants à nourrir, toute une famille à entretenir, et la musique est devenue une profession. Regardez, Salim Ali AMIR vit de sa musique. Il gagne beaucoup d’argent. Donc, il a la motivation nécessaire pour exercer son talent. Et on voit le résultat. Nous, on veut rester encore à ce stade primaire, même les instruments sont trop chers de nos jours. Hier, même les habitants de Ouani cotisaient pour acheter les instruments. Donc appréciez-vous-même « le fossé ».

 7- A l’origine, à travers leurs activités, les « JOUJOU » jouaient un rôle non négligeable dans le développement socio‑culturel de la ville, voire même de l’île et du pays. N’est-ce pas un échec pour la génération d’aujourd’hui qui quitte cette voie alors que Ouani se trouve beaucoup plus dans le besoin ?

Oui, vous avez parfaitement raison, Joujou demeurait l’orchestre de tout ouanien, hommes et femmes. On a contribué beaucoup au développement et au rayonnement de notre ville. On organisait des manifestations et on collectait de l’argent pour la construction d’un édifice quelconque ou une école. Et même au-delà de notre ville. Notre philosophie, on oeuvrait pour l’interêt général. Sachez que quand on était orchestre national, souvent on nous invitait quelque part pour aller jouer et tout l’argent qu’on amassait servait à une œuvre sociale. A titre d’exemples illustratifs, en 1977, la ville de Mitsoudjé, (ville natale du Président de la Republique actuel, Azali Assoumani), s’est mobilisé et nous a envoyé 7 billets d’avion pour qu’on aille se produire dans tout Ngazidja et les bénéfices servaient à construire ou réhabiliter leurs écoles primaires. A Mutsamudu, on a fait la même chose aussi pour construire les écoles primaires de Missiri. Nous, on ne touchait aucun sou ! Donc, si l’on veut qu’un groupe musical de talents individuels ouaniens renaissent, il faudra changer ‘notre fusil d’épaule », comme l’on dit ! C’est-à-dire on doit devenir professionnel. La musique est un métier, comme le football, la pêche, etc. Partout dans le monde la musique nourrit le musicien même chez nos voisins maorais, pourquoi ? Est-ce qu’ils ne cessent de progresser ? Tout simplement parce qu’ils ont compris d’abord que c’est un métier, ensuite, ils ont ou se donnent les moyens pour développer et leurs autorités osent « mettre la main à la poche, car c’est leur culture qui rayonne à travers la musique. Et du coup, on occupe les jeunes. Par contre, chez nous, on a les institutions pour développer ce secteur, mais la mentalité nous bloque, changeons-la si nous voulons aller de l’avant.

 

 8- Monsieur PALA, si ce n’est pas discret, pourquoi JOUJOU s’est disloqué ? Dans quel groupe vous vous êtes affilié et pourquoi ?

Cela me gêne un peu de répondre à cette question, car il s’agit du principe de mérite qui est à l’origine du malentendu. En effet, en 2002, quand Mr le Ministre  Colonel Sidi nous a fait inviter  par le Gouvernement mauricien, au festival Créole de Rodrigues, (la petite ile qui était encore sous administration mauricienne), tout le monde n’était pas au courant de ce voyage. Le colonel a téléphoné à Bousri, son frère, qui n’est autre que notre soliste, pour lui donner l’information du voyage. Sachez qu’auparavant  des groupes de Moroni, de Mwali y étaient déjà invités, alors il a voulu faire profiter aussi ses « frères » pendant qu’il était là, Ministre de la Culture, il n’y avait pas de mal. Alors quand Bousri m’a mis au parfum du projet, je lui ai demandé de ne pas livrer l’information, car  on était en pleine crise séparatiste d’Anjouan. En nous faisant inviter à Rodrigues officiellement, on allait représenter les Comores  (4 iles, même Mayotte), et si toutes les autorités de Moroni ou même la population de Ngazidja l’apprenait, il allait avoir de sérieux problèmes, et si le gouvernement séparatiste d’Anjouan apprenait cela, on courait un grave danger. Face à ce dilemme, j’ai décidé d’abord des musiciens qui devaient faire le voyage. D’abord on ne prenait que les meilleurs car, les places étaient limitées, que 5 places seulement. Nous avons supplié le Ministre pour qu’il en ajoute Une. C’est Bousri, Ibrahim Saindou, Foudhoyla, Omar Mohamed Dhoiffir, Samir Manzell et moi. Même Omar et Samir appartenaient à l’époque au groupe « Nature Love » de Oirdi Zahir. Mais comme c’était une question d’honneur de tout le pays et particulièrement de Ouani, alors j’ai su trouver les mots pour convaincre Omar et Samir à se joindre à nous pour en quelque sorte aller « sauver la patrie ». Vous savez, on a quitté discrètement Anjouan par bateau, individuellement, pour ne pas attirer l’attention du gouvernement d’Anjouan. C’est Madame Foudhoyla seule qui a pris l’avion. Arrivée à Moroni, on était chez notre frère Mohamed Bourhane, à Magudju. On a répété chez nos « frères » Awladil Komori, ensuite, on est parti pour Rodrigues. Mais à notre retour, nos amis qui n’ont pas fait le voyage en ont fait un scandale, alors que  nous, on oeuvrait pour la « bonne cause » et non pour des raisons personnelles. Un tel voyage  avec un tel itinéraire, Moroni, Mayotte La Réunion, Maurice, Rodrigues, on n’invite pas 20 personnes dans les circonstances politiques que j’ai décrites plus haut. C’est ça qui a causé la dislocation. Mais heureusement, depuis le mariage du fils de Ahmed Sidi, on a su amorcer la crise et un terrain d’entente est trouvé, entre les deux groupes : Malaika et Joujou.  Moi, je me trouvais obligatoirement dans le premier, avec Ibrahim Hamza et Saandi qui nous ont rejoint naturellement.

9- Quel conseil donneriez-vous aux jeunes ouaniens intéressés par la musique ?

Vous, jeunes musiciens ouaniens, je vous conseille d’apprendre la musique, en essayant d’abord un instrument. Si vous sentez que vous aimez la musique, aller voir Mr Omar Dhoiffir, Bousri Sidi, Monsieur Attou ou et surtout Ibrahim Hamza, qui connait le solfège, tout comme Omar ou chercher ailleurs. Demander toujours conseil auprès des aînés. Oirdi est là, c’est un mordu de la musique. Il a la passion en lui et il possède les instruments à lui. Mais sachez une chose, c’est fini l’époque où on jouait de la musique en amateurs. Aujourd’hui, c’est devenu un métier à part entier. Ailleurs, on a des producteurs qui vous lançaient, si ça réussit, c’est tout le monde qui gagne. Sans la motivation, il y a extinction. Si vous voyez les musiciens qui accompagnent Baco Ali de Mayotte, Latéral, ou Djao Djobi, Jerry Marcos de Madagascar ect. Ceux-là ne le font pas par plaisir. Le temps qu’ils dépensent pour répéter, c’est l’argent qu’ils perdent, car les autres l’utilisaient pour donner des cours privés. Donc, essayer de devenir professionnels si vous voulez réussir. Avec l’ordinateur, on tue la musique ou on lui enlève sa substance. L’ordinateur ne devrait être qu’un instrument qui nous aide à perfectionner nos œuvres, c’est tout. Mais le talent doit être une création personnelle, comme le livre, le roman ou la poésie.

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