Rencontre de Monsieur Soilihi Mahamoud avec JOAL

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Rencontre de Monsieur Soilihi Mahamoud avec JOAL

      Interview réalisée par Abdillah Abdallah                                                                              

Permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur Soilihi Mahamoud, le premier encadreur pédagogique que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter.

1.     Monsieur Soilihi Mahamoud, pourquoi avoir choisi le métier d’instituteur ?

Merci Mr Abdillah pour ce temps précieux pour moi qui me permettra de vous faire part de mon métier.

En fait pour répondre à votre première question, les raisons sont nombreuses mais je me contente de vous citer la raison fondamentale.

J’avais une grande admiration en voyant les instituteurs enseigner. Je les considérais comme étant des gens qui  maîtrisent beaucoup de choses. C’était amusant de les voir avec les élèves.

  1. Faut-il une qualité ou un talent particulier pour accoutumer ce métier ?

Mon cher Abdillah, enseigner n’est pas couper du bois. C’est vrai que le menuisier a une maîtrise pour la fabrication des meubles, il sait ce qu’il fait en bois, seulement, l’enseignant est un éducateur en face de l’avenir du pays que sont les enfants. Le menuisier qui a mal mesuré les dimensions de la planche, peut en chercher une autre pour mieux l’ajuster. Par contre un instituteur qui rate devant un élève prépare un mauvais citoyen et c’est l’Etat qui paie. Donc en plus des connaissances que doit avoir l’enseignant, il lui faut en plus des notions pédagogiques, psychologiques pour qu’il puisse  bien comprendre, les caprices, les besoins des enfants et mener à bien ses interventions.

  1. Pouvez-vous nous retracer les grandes étapes de votre parcours professionnel, depuis la fin de vos études, jusqu’à vos dernières responsabilités?

 Mr Abdillah, je veux essayer de vous faire part de mon cursus professionnel qui est très long.

Bref, j’ai quitté le collège en classe de 3ème  après avoir eu mon Brevet d’Etudes du Premier cycle (BEPC)  pour m’investir dans l’enseignement après  avoir subi les épreuves théoriques du concours d’entrée au cours normal de Moroni en 1971.

Après la formation  pédagogique d’une année (1971-1972), je suis affecté comme instituteur stagiaire  à Anjouan plus précisément à Sima, lieu où j’ai eu le prestige de passer l’examen  pratique pour être titularisé dans le cadre B des instituteurs.

11 ans après en 1983, je suis admis au concours d’entrée à l’école  d’enseignement supérieur de Mvouni pour être formé  pour 2 ans conseiller pédagogique.   (1983-1985)

Après cette formation, je suis affecté à l’Institut  National d’Enseignement (INE) en qualité  de responsable de l’enseignement à distance à Anjouan. (fin 1985)

Dès la rentrée scolaire 1985-1986, par manque de responsable pédagogique  dans la CIPR de Sima je suis affecté comme conseiller pédagogique de cette zone où j’ai exercé jusqu’en 1990.

 En fin 1990, je suis réaffecté de nouveau à l’INE en tant que responsable du personnel du primaire, chargé toujours de l’enseignement à distance.

Cette année 1990  j’ai eu la possibilité de me rendre à Ndjamena, au Tchad pour une formation sur la pédagogie des grands groupes  (3 semaines)

 En 1992, j’ai été à Lomé (TOGO) pour la pédagogie du français en milieu multilingue pour une durée de 3 semaines.

En 1994, je suis nommé Inspecteur faisant fonction dans la CIPR de Ouani où j’ai exercé jusqu’ en 2002.

En 1994-1995 deux regroupements de l’Océan indien ont eu lieu, l’un à Moroni, l’autre à Antanarivo pour  analyse des programmes du primaire.

Entre  1994- 1995-1997, je me suis rendu à trois reprises  à Antanarivo pour des formations sur la didactique du français langue seconde (1er, 2ème et 3ème degré). Cela m’a permis aussi de parler de pédagogie de projet.

En cette même fin d’année 1997, j’ai passé un mois en France  à CAEN pour une formation BELG. Ce qui m’a permis d’avoir certaines connaissances sur la création de  dialogue, et avoir certaines notions de l’écriture.

En  2002, après un concours sélectif, j’ai eu à me rendre à Maurice, puis à Antanarivo pour une formation sur l’éducation relative à l’environnement (ARPEGE) (Appui régional pour la promotion et la gestion de l’environnement).

Dans ce cadre, je suis admis comme point focal  de ce petit projet  jusqu’en 2004

En 2004 sur proposition du Ministère de l’Education Nationale, je suis choisi pour participer à un petit projet de conception d’émissions audio  (ATEC) au  profit des enseignants et des communautés.

En 2005, à Anjouan,  je suis admis point focal de ce projet ATEC (Appui technologique aux enseignants et à la communauté). A titre indicatif, cette  commission était formée de 6 concepteurs dont 2 pour chaque ile.

Nous avons eu à faire plusieurs regroupements à Moroni pour concevoir des documents de base (audio) dans l’objectif de sensibiliser les enseignants et les parents d’élèves sur des valeurs que les citoyens comoriens doivent acquérir et qui peuvent faciliter la vie des enfants à l’école.

Entre temps j’ai eu à participer à d’autres formations qui m’ont permis d’être certifié en 2014, formateur des formateurs en pédagogie.  

  1. Quelles compétences, acquises au cours de votre carrière d’enseignant, vous ont été les plus utiles dans votre carrière de conseiller pédagogique ?

Les formations acquises surtout à l’extérieur, dans les différentes formations  m’ont fait vraiment du bien car j’ai eu des compétences qui me permettent même aujourd’hui à la retraite, d’intervenir dans différents domaines.

A titre d’exemple depuis 2004, j’ai été vacataire à l’IFERE de patsy.

  1. Avez-vous rencontré des enseignants malheureux de ne pouvoir  faire autre chose  durant votre carrière de conseiller pédagogique ? si oui, que leur aviez-vous conseillé ?

Ils sont nombreux : ces genres de personnes non responsables qui ignorent l’importance de ce métier.

Maintes fois, je leur disais d’essayer de s’intéresser à ce métier. Dans le cas contraire, il serait mieux qu’ils aillent ailleurs faire autre chose car le métier d’enseignant est précieux. Ils acceptent des gens sérieux, dévoués 

  1. Quel regard portez-vous sur l’enseignement et sur les enseignants comoriens aujourd’hui ?

C’est une question intéressante, qui me fait vraiment réfléchir.

Tout le monde n’est pas sans savoir que le niveau des élèves est en baisse et les raisons retombent sur et les enseignants et les parents et même l’état.

Mais pédagogiquement notre intérêt se porte sur les enseignants qui ne sont pas motivés qui ont de grands diplômes  mais enfermés dans leur valise car ils ne suivent pas les nouvelles orientations pédagogiques.

La majorité des enseignants se rendent dans les formations continues pour des indemnités. Les stages de formation restent sans aucun sens car les enseignants n’écoutent pas ce qu’on leur dit et ceux qui suivent n’appliquent pas les nouvelles approches. C’est devenu un sérieux problème, alors qu’avec la nouvelle technologie, (les médias), les enseignants devraient être à l’aise dans leur préparation.

Mon cher Abdillah à titre d’information, actuellement, je suis tuteur d’une zone pédagogique. Je vous dirai que sur 46 enseignants que je supervise, 1 seul et je dis bien un seul a un compte mail. A part les écoles privées, les préparations sont faites rarement. Comment un enseignant se permet de se rendre en classe sans préparation ? Il n’y a rien à dire l’enseignement est dans une impasse.

  1. Vous aviez commencé à écrire des aide-mémoire dans le but d’accompagner les enseignants d’écoles primaires et aujourd’hui, vous vous intéressez à la poésie. J’ai lu vos poèmes consacrés aux jeunes. D’où vous est venue l’idée d’écrire des poèmes? Souhaiteriez-vous publier un livre?

 Monsieur Abdillah, l’habitude est une seconde nature. Parce que j’ai été enseignant à l’IFERE de Patsy pour la formation des enseignants et étant à la retraite, je me suis trouvé à écrire des petites brochures pédagogiques dans l’objectif d’aider les enseignants sur le terrain à s’améliorer.

Malheureusement je ne suis pas encouragé parce que le public visé ne s’intéressait pas à ces écrits.

Concernant les petits poèmes j’ai commencé à les écrire quand j’étais responsable d’un établissement          privé. L’objectif principal était de sensibiliser les parents sur certains problèmes sociaux à considérer pensant que, si le message est passé à travers les enfants, il serait plus fort.

 L’autre objectif un peu secondaire consiste à mettre à la disposition de mes petits fils des écrits de leur grand père. Ainsi, ils peuvent plus tard les publier comme étant les œuvres de leur papi.

Vous me dites si j’ai l’intention d’écrire un jour. Cela me tente beaucoup et j’ai même commencé à écrire un roman, mais je suis un peu découragé pensant peut être que je n’ai pas le niveau pour écrire.

  1. Quel est l’échec de votre vie ?

Le seul regret que je considère comme un échec, c’est d’avoir coupé rapidement mes études alors que j’étais parmi ceux qui pourraient aller jusqu’au BAC et faire de longues études.

C’est vrai que j’ai essayé de me perfectionner mais je crois fort que si j’avais un niveau élevé, je serais bien mieux armé surtout en français pour me lancer dans des écritures qui me tiennent au cœur et pourquoi pas publier un livre.

  1. Quels conseils pourriez-vous donner à un étudiant comorien qui souhaiterait suivre votre voie ?

Les conseils, je les donne tous les jours, à tout moment, à chaque fois que l’occasion se présente :

Si on envisage d’être instituteur, il faut être sûr qu’on aime ce métier car quand on aime, on protège, on se sacrifie, on tolère, on se cultive…, bref, l’amour fait appel à tout.

Et quand on devient instituteur, il faut avoir des qualités, être persévérant pour espérer évoluer. Je ne manque pas de me citer en exemple ayant démarré comme instituteur et terminé en tant que formateur des formateurs en pédagogie.

Ce métier est facile à condition de l’accepter ainsi vous aurez le courage de vous perfectionner.

 

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