Rencontre de Monsieur Soilihi Mahamoud avec JOAL

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Rencontre de Monsieur Soilihi Mahamoud avec JOAL

      Interview réalisée par Abdillah Abdallah                                                                              

Permettez-moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur Soilihi Mahamoud, le premier encadreur pédagogique que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter.

1.     Monsieur Soilihi Mahamoud, pourquoi avoir choisi le métier d’instituteur ?

Merci Mr Abdillah pour ce temps précieux pour moi qui me permettra de vous faire part de mon métier.

En fait pour répondre à votre première question, les raisons sont nombreuses mais je me contente de vous citer la raison fondamentale.

J’avais une grande admiration en voyant les instituteurs enseigner. Je les considérais comme étant des gens qui  maîtrisent beaucoup de choses. C’était amusant de les voir avec les élèves.

  1. Faut-il une qualité ou un talent particulier pour accoutumer ce métier ?

Mon cher Abdillah, enseigner n’est pas couper du bois. C’est vrai que le menuisier a une maîtrise pour la fabrication des meubles, il sait ce qu’il fait en bois, seulement, l’enseignant est un éducateur en face de l’avenir du pays que sont les enfants. Le menuisier qui a mal mesuré les dimensions de la planche, peut en chercher une autre pour mieux l’ajuster. Par contre un instituteur qui rate devant un élève prépare un mauvais citoyen et c’est l’Etat qui paie. Donc en plus des connaissances que doit avoir l’enseignant, il lui faut en plus des notions pédagogiques, psychologiques pour qu’il puisse  bien comprendre, les caprices, les besoins des enfants et mener à bien ses interventions.

  1. Pouvez-vous nous retracer les grandes étapes de votre parcours professionnel, depuis la fin de vos études, jusqu’à vos dernières responsabilités?

 Mr Abdillah, je veux essayer de vous faire part de mon cursus professionnel qui est très long.

Bref, j’ai quitté le collège en classe de 3ème  après avoir eu mon Brevet d’Etudes du Premier cycle (BEPC)  pour m’investir dans l’enseignement après  avoir subi les épreuves théoriques du concours d’entrée au cours normal de Moroni en 1971.

Après la formation  pédagogique d’une année (1971-1972), je suis affecté comme instituteur stagiaire  à Anjouan plus précisément à Sima, lieu où j’ai eu le prestige de passer l’examen  pratique pour être titularisé dans le cadre B des instituteurs.

11 ans après en 1983, je suis admis au concours d’entrée à l’école  d’enseignement supérieur de Mvouni pour être formé  pour 2 ans conseiller pédagogique.   (1983-1985)

Après cette formation, je suis affecté à l’Institut  National d’Enseignement (INE) en qualité  de responsable de l’enseignement à distance à Anjouan. (fin 1985)

Dès la rentrée scolaire 1985-1986, par manque de responsable pédagogique  dans la CIPR de Sima je suis affecté comme conseiller pédagogique de cette zone où j’ai exercé jusqu’en 1990.

 En fin 1990, je suis réaffecté de nouveau à l’INE en tant que responsable du personnel du primaire, chargé toujours de l’enseignement à distance.

Cette année 1990  j’ai eu la possibilité de me rendre à Ndjamena, au Tchad pour une formation sur la pédagogie des grands groupes  (3 semaines)

 En 1992, j’ai été à Lomé (TOGO) pour la pédagogie du français en milieu multilingue pour une durée de 3 semaines.

En 1994, je suis nommé Inspecteur faisant fonction dans la CIPR de Ouani où j’ai exercé jusqu’ en 2002.

En 1994-1995 deux regroupements de l’Océan indien ont eu lieu, l’un à Moroni, l’autre à Antanarivo pour  analyse des programmes du primaire.

Entre  1994- 1995-1997, je me suis rendu à trois reprises  à Antanarivo pour des formations sur la didactique du français langue seconde (1er, 2ème et 3ème degré). Cela m’a permis aussi de parler de pédagogie de projet.

En cette même fin d’année 1997, j’ai passé un mois en France  à CAEN pour une formation BELG. Ce qui m’a permis d’avoir certaines connaissances sur la création de  dialogue, et avoir certaines notions de l’écriture.

En  2002, après un concours sélectif, j’ai eu à me rendre à Maurice, puis à Antanarivo pour une formation sur l’éducation relative à l’environnement (ARPEGE) (Appui régional pour la promotion et la gestion de l’environnement).

Dans ce cadre, je suis admis comme point focal  de ce petit projet  jusqu’en 2004

En 2004 sur proposition du Ministère de l’Education Nationale, je suis choisi pour participer à un petit projet de conception d’émissions audio  (ATEC) au  profit des enseignants et des communautés.

En 2005, à Anjouan,  je suis admis point focal de ce projet ATEC (Appui technologique aux enseignants et à la communauté). A titre indicatif, cette  commission était formée de 6 concepteurs dont 2 pour chaque ile.

Nous avons eu à faire plusieurs regroupements à Moroni pour concevoir des documents de base (audio) dans l’objectif de sensibiliser les enseignants et les parents d’élèves sur des valeurs que les citoyens comoriens doivent acquérir et qui peuvent faciliter la vie des enfants à l’école.

Entre temps j’ai eu à participer à d’autres formations qui m’ont permis d’être certifié en 2014, formateur des formateurs en pédagogie.  

  1. Quelles compétences, acquises au cours de votre carrière d’enseignant, vous ont été les plus utiles dans votre carrière de conseiller pédagogique ?

Les formations acquises surtout à l’extérieur, dans les différentes formations  m’ont fait vraiment du bien car j’ai eu des compétences qui me permettent même aujourd’hui à la retraite, d’intervenir dans différents domaines.

A titre d’exemple depuis 2004, j’ai été vacataire à l’IFERE de patsy.

  1. Avez-vous rencontré des enseignants malheureux de ne pouvoir  faire autre chose  durant votre carrière de conseiller pédagogique ? si oui, que leur aviez-vous conseillé ?

Ils sont nombreux : ces genres de personnes non responsables qui ignorent l’importance de ce métier.

Maintes fois, je leur disais d’essayer de s’intéresser à ce métier. Dans le cas contraire, il serait mieux qu’ils aillent ailleurs faire autre chose car le métier d’enseignant est précieux. Ils acceptent des gens sérieux, dévoués 

  1. Quel regard portez-vous sur l’enseignement et sur les enseignants comoriens aujourd’hui ?

C’est une question intéressante, qui me fait vraiment réfléchir.

Tout le monde n’est pas sans savoir que le niveau des élèves est en baisse et les raisons retombent sur et les enseignants et les parents et même l’état.

Mais pédagogiquement notre intérêt se porte sur les enseignants qui ne sont pas motivés qui ont de grands diplômes  mais enfermés dans leur valise car ils ne suivent pas les nouvelles orientations pédagogiques.

La majorité des enseignants se rendent dans les formations continues pour des indemnités. Les stages de formation restent sans aucun sens car les enseignants n’écoutent pas ce qu’on leur dit et ceux qui suivent n’appliquent pas les nouvelles approches. C’est devenu un sérieux problème, alors qu’avec la nouvelle technologie, (les médias), les enseignants devraient être à l’aise dans leur préparation.

Mon cher Abdillah à titre d’information, actuellement, je suis tuteur d’une zone pédagogique. Je vous dirai que sur 46 enseignants que je supervise, 1 seul et je dis bien un seul a un compte mail. A part les écoles privées, les préparations sont faites rarement. Comment un enseignant se permet de se rendre en classe sans préparation ? Il n’y a rien à dire l’enseignement est dans une impasse.

  1. Vous aviez commencé à écrire des aide-mémoire dans le but d’accompagner les enseignants d’écoles primaires et aujourd’hui, vous vous intéressez à la poésie. J’ai lu vos poèmes consacrés aux jeunes. D’où vous est venue l’idée d’écrire des poèmes? Souhaiteriez-vous publier un livre?

 Monsieur Abdillah, l’habitude est une seconde nature. Parce que j’ai été enseignant à l’IFERE de Patsy pour la formation des enseignants et étant à la retraite, je me suis trouvé à écrire des petites brochures pédagogiques dans l’objectif d’aider les enseignants sur le terrain à s’améliorer.

Malheureusement je ne suis pas encouragé parce que le public visé ne s’intéressait pas à ces écrits.

Concernant les petits poèmes j’ai commencé à les écrire quand j’étais responsable d’un établissement          privé. L’objectif principal était de sensibiliser les parents sur certains problèmes sociaux à considérer pensant que, si le message est passé à travers les enfants, il serait plus fort.

 L’autre objectif un peu secondaire consiste à mettre à la disposition de mes petits fils des écrits de leur grand père. Ainsi, ils peuvent plus tard les publier comme étant les œuvres de leur papi.

Vous me dites si j’ai l’intention d’écrire un jour. Cela me tente beaucoup et j’ai même commencé à écrire un roman, mais je suis un peu découragé pensant peut être que je n’ai pas le niveau pour écrire.

  1. Quel est l’échec de votre vie ?

Le seul regret que je considère comme un échec, c’est d’avoir coupé rapidement mes études alors que j’étais parmi ceux qui pourraient aller jusqu’au BAC et faire de longues études.

C’est vrai que j’ai essayé de me perfectionner mais je crois fort que si j’avais un niveau élevé, je serais bien mieux armé surtout en français pour me lancer dans des écritures qui me tiennent au cœur et pourquoi pas publier un livre.

  1. Quels conseils pourriez-vous donner à un étudiant comorien qui souhaiterait suivre votre voie ?

Les conseils, je les donne tous les jours, à tout moment, à chaque fois que l’occasion se présente :

Si on envisage d’être instituteur, il faut être sûr qu’on aime ce métier car quand on aime, on protège, on se sacrifie, on tolère, on se cultive…, bref, l’amour fait appel à tout.

Et quand on devient instituteur, il faut avoir des qualités, être persévérant pour espérer évoluer. Je ne manque pas de me citer en exemple ayant démarré comme instituteur et terminé en tant que formateur des formateurs en pédagogie.

Ce métier est facile à condition de l’accepter ainsi vous aurez le courage de vous perfectionner.

 

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RENCONTRE DU MUSICIEN PALA AVEC JOAL

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Interview organisée par Abdillah Abdallah

 Permettez moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur PALA, le premier musicien que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter  

1- Monsieur PALA, vous êtes un prof de français. D’où vous vient cette passion pour la musique ? Bonjour ! Tout d’abord, permettez-moi de saluer nos lecteurs aussi de rectifier certaines choses du moins et d’apporter certaines précisions. Je suis certes, enseignant, mais enseignant de linguistique en général, c’est-à-dire, cela concerne toutes les langues du monde, de manière scientifique.

Maintenant, pour répondre à votre question, je peux dire aujourd’hui avec le recul, que la musique est pour moi une vocation, une  passion qui dormait en moi depuis mon essence ; elle a commencé à germer dès mes bas âges, autrement dit dans les 7, 8, 9, et 10 ans, par-là, on m’a raconté que je passais d’une maison à une autre pour chanter et danser. J’avais même fondé un groupe musical dans mon quartier » Kilingueni ». Il portait le nom Flambeau ; allez demander pourquoi je l’ignore ! J’étais déjà chanteur, compositeur, interprète inné. Mon groupe était composé de  MM Ahamadi Abdallah Moirab, Ben Cheikh, Yahaya Djanffar et Washington et comme j’étais le chanteur principal, feu Mohamed Nourdine m’a repéré puisqu’il vivait dans leur ancienne maison de Kilingueni, on se produisait dans sa petite cour,  on est devenu amis à force d’assister à nos manifestations. Il avait l’habitude de m’appeler dans sa piaule pour que je chante pour ses morceaux ; il prenait mes mélodies, il les notait sur un bout de papier, et gardait toujours sa guitare à la main et en récompense, il nous prêtait ses maracasses et des petits tomes, chaque fois qu’on se produisait. D’ailleurs, une de mes chansons de l’époque fut reprise par le grand Joujou des Comores à l’époque d’Ali Soilihi, c’est Mabweni mlo mijini ; en fait, c’était deux petits morceaux que j’avais confié à feu Ibrahim Saindou, il en a fait un seul, en utilisant l’un comme introduction et l’autre comme chanson. Mais à cette époque, on avait d’autres petits morceaux dont le plus connu dans le quartier « Miradji aviri ahundzu  nyumbé bakokwangu tsumu de abaki ».Même, Oirdi Zahir  venait assister souvent à nos spectacles.

 2- Quels sont les musiciens qui ont joué un rôle dans votre vie de musicien?

Si l’on reste dans le cadre de Joujou, naturellement, c’est feu Ibrahim Saindou qui m’a beaucoup marqué. Il fut notre professeur, à nous tous, surtout les musiciens de Joujou moderne. Il fut le compositeur principal. Il nous enseignait même la façon de chanter et de faire des duos, ne soyons pas ingrats ! Il est vrai qu’à l’époque de Ali Soilihi, l’apogée de notre orchestre, ce qui constitua notre succès ou notre suprématie par  rapport aux autres groupes des Comores, on avait trois compositeurs, Ibrahim lui-même, feu Raslane Abdou, le claviste et moi-même. Quand l’un de nous proposait une mélodie, on la travaillait ensemble, chacun de nous apportait sa touche pour l’améliorer, d’où notre force ou notre secret !

 3- Monsieur PALA, vous êtes membre de Joujou des Comores depuis longtemps et vous avez déjà eu l’occasion d’être invité en tant que musicien à l’étranger. Qu’avez-vous découvert de nouveau dans le monde de la musique ?

D’abord quand j’étais en France, de 1985 à 1989, on avait fondé un groupe comorien, avec des musiciens de Ngazidja et d’Anjouan. J’étais le chanteur principal. Ce fut une belle expérience, riche en enseignement. J’ai eu le privilège d’évoluer aux cotés de grands musiciens jeunes, de différents horizons. Mais celui qui m’a beaucoup marqué, c’est « Black », un jeune musicien français, qui jouait seul sur sa guitare. Il avait beaucoup de boites d’effet, (10 au total) et quand il jouait, même de la musique orientale, on aurait dit qu’il est né dans les pays  arabes ou asiatiques. Il m’a beaucoup appris en matière de musique. Mais un peu plus tard  quand je suis rentré au pays, on a été invité au Festival Créole de Rodrigues en 2002. En effet, j’en profite aussi pour  rendre un grand hommage au Colonel Ahmed Sidi, quand il était Ministre de la Culture, dans le premier Gouvernement de Azali I. Il ne ménagea aucun effort pour qu’on soit invité officiellement à ce festival par le Gouvernement de Maurice. On ne saura jamais le remercier assez, car c’était encore à l’époque de la Crise séparatiste d’Anjouan. Ce n’était pas évident ! Là-bas à Rodrigues, toutes les iles de l’Océan indien étaient invitées (Madagascar, La Réunion, Maurice, les Seychelles et les Comores). On eut les honneurs puisque c’est nous les premiers groupes à monter sur scène, sur vingt groupes, j’ai eu l’occasion aussi de jouer avec des musiciens étrangers notamment avec l’ami Richard, un bassiste malgache qui nous a donné un coup de main car on n’avait pas de bassiste. Notre ami malgache a découvert aussi la musique comorienne et l’a appréciée. Il y a pris gout, et les jours suivants, c’est lui-même qui venait nous réveillait pour répéter, comme quoi, la musique n’a pas de frontière !

 4- Depuis son origine, Joujou fut marqué par une succession de musiciens, et chaque groupe avait son nom, nous avons les Eddines, les boutons noirs, Sphinx, Sunga. Dans quelle génération pouvons-nous vous situer ? Quelle est la particularité de votre génération ?

Moi, je peux me situer officiellement juste après les Sphinx, c’est-à-dire la génération de Raslane, Ahmed Omar, Houmad Oussene (Trotro), Abasse Abdérémane…Mon groupe s’appelait « Comores Classiques ». C’était Abdallah ben Ali (bassiste), Oirdi Zahir (l’accompagnateur), Nadjib Abdouroihaman (soliste compositeur), Attoumane Abdou Zoubert (l’accompagnateur), Zidini Abdouroibi (chanteur) et moi (le batteur- chanteur- compositeur). Mais la vie de ce groupe a été de courte durée, car à l’époque d’Ali Soilihi tout est allé très vite ; quand on a passé le concours national de musique pour déterminer le meilleur orchestre des Comores, en 1976, si ma mémoire ne me fait pas défaut, nous avons remporté le prix de la chanson comorienne. On est devenu orchestre national ; et du coup, il fallait réunir tous nos efforts pour répondre à cette exigence, c’est-à-dire demeurer toujours les meilleurs. Donc, il n’y avait plus lieu de micro group au sein de l’orchestre. L’égo n’était plus admis, la solidarité était de mise. On a réuni nos forces, nos talents et ça marchait, voilà le secret !

 5- Que répondrez-vous à ceux qui pensent qu’un musicien doit boire de l’alcool et fumer de l’herbe ?

Non ! un musicien ne doit pas forcément boire ou fumer pour rayonner. Feu Ibrahim Saindou n’a jamais touché à l’alcool ou à la drogue et pourtant il était très talentueux. Mais il est vrai que souvent, on se laisse emporté par le plaisir, surtout les jeunes quand ils sont en groupe. Il y a les influences. Ils y en ont qui le font, soi-disant qu’ils veulent vaincre le trac (ce stress qui t’envahit avant de monter sur scène, ne sachant pas ce qui t’attend, au moment d’affronter le public ! Je me rappelle d’une interview du grand Johnny Halliday quand j’étais en France, qui disait qu’à chaque fois qu’il montait sur scène, il avait le trac, et Dieu sait le nombre de fois qu’il y est monté, avec un public acquis à sa cause, c’est-à-dire les fans ! Mais cela dit, je n’encouragerai jamais les jeunes à s’adonner à ces genres de plaisir. En buvant ou en fumant de la drogue, cela a des conséquences néfastes plus tard sur la santé. Avec l’alcool, on attrape la cirrhose, cancer de foie, et on finit par mourir. Et avec la drogue, on a le cancer des poumons et on meurt comme Bob MARLEY. Devenez des musiciens « Clean », sans toucher à l’alcool ou à la drogue. Moi qui vous le dis, j’en sais quelque chose ! Suivez donc mes conseils, musique, eau potable et sport, telle est la devise que je préconise pour les jeunes talents de demain inshallah ! Ce choix de musicien « clean » nous a valu une invitation de prestige à Koungou (Mayotte). En effet, l’ancien Maire de cette ville Koungou, Monsieur RAOUS nous a rencontrés par hasard dans une pension à Mtsapéré, quand l’ancien Directeur du CMAC Mr KORDJI nous avait invités à prendre part à la 6ème édition de festival musical de Mayotte au Baobab (Mtsapéré). Quand KORDJI nous a présentés à lui en déclinant notre identité, RAOUS fut vraiment séduit, non pas pour notre talent, mais par nos différentes professions, en tant que musiciens. Alors, il a décidé sur le champ d’organiser un spectacle spécial pour ses jeunes collégiens, car, dit-il, à Mayotte on assimile souvent la musique à la drogue. Et quand il apprit, nous, on était des professeurs de français, de physique, de linguistique, de philosophie, docteur …alors, il tombe sous le charme et nous invite dans sa commune. Ce soir-là, vers 18 heures, toute la salle de spectacle de Koungou  était comblée. Les collégiens de la 6ème à la 3ème et des adultes avaient occupé tout l’espace. J’ai jamais vu Foudhoyla prendre autant de plaisir en chantant UDZIMA.Tous les enfants avaient repris la chanson avec elle du début à la fin. Ce fut une réussite ! La soirée finit par les présentations, puisque c’était l’objectif affiché par RAOUS. Et chacun de nous devait décliner son identité devant les jeunes collégiens pour leur montrer que le musicien n’est pas forcément un délinquant. Monsieur RAOUS, bien comblé, nous a invité à un restaurant chic à Mamoudzou pour un diner spécial et nous a offert un « cachet » imprévu de 1000 euros.

 6- Monsieur PALA, dans l’orchestre Joujou nous vous connaissons en tant que chanteur. Est-ce que c’est votre seul domaine de prédilection ? S’il y en avait d’autres, pouvez-vous nous les décrire ?

 Les « JOUJOU » s’étaient engagés dès leur fondation dans des thèmes satiriques et militants. cela les avait fait briller de mille feux aux Comores et en dehors des Comores. je parle de : « wu dzima » ; « Mgangi» ; « HAZI » ; « MALI YA MAHA SABA » Pourquoi aujourd’hui vous vous limitez seulement à animer des toirabs ? Il est vrai que l’époque d’Ali Soilihi constitue l’apogée de notre orchestre, Joujou fit la fierté de toute la ville de Ouani et jusqu’à maintenant, souvenez-vous de ce morceau Udzima, composé en 1977, mais repris en 2008 en CD et mis dans un clip (avec images). Au passage, sachez que nous fûmes les premiers à sortir un clip aussi réussi ; avec des images claires et nettes, mais surtout vantant la paysage de chez nous ( la mer l’aeroport, la verdure de nos montagnes, ect.) , parce que tout simplement, nous avons eu la chance de bénéficier du talent exceptionnel de Mr Mihidjay Mohamed de Paris, originaire de Ouani, le frère de Pompidou. C’est quelqu’un qui avait remporté le 1èr prix en image en France lors d’un concours. Donc, il a su mettre son talent au service de ses frères d’Anjouan et d’Ouani, car dans cet album, il y avait aussi Dossar, Hamid Ben Cheikh de Domoni et tant d’autres. Notre engagement à travers nos thèmes, c’était un choix, une conviction, mais en même temps, on répondait aussi à une certaine exigence. A l’époque d’Ali Soilihi, les chansons aux thèmes d’amour ne passaient pas aux antennes de Radio Comores. Il fallait proposer des thèmes d’intérêt commun, en harmonie avec le développement, le progrès. En outre, on jouait astucieusement ; lorsque le président Ali Soilihi avait une réunion publique à la présidence, ou un meeting quelconque, on envoyait toujours un émissaire pour écouter et prendre notes du programme à venir. Ensuite, on composait en mettant en exergue le ou les projet (s) à court terme. Après, on s’arrangeait pour que le morceau sorte avant l’exécution du projet. Ainsi, le Président Ali Soilihi se servait à son tour, de la chanson, pour animer ses émissions d’éducation et d’émancipation du peuple. Ce qui renforçait toujours notre statut et nous rendait invulnérable vis-à-vis de nos concurrents. Donc, notre musique allait toujours en symbiose harmonie avec la politique progressiste du « frère » Ali. Pour répondre à l’autre aspect de votre question, pourquoi se limite-t-on aujourd’hui à ne jouer que des Toirabs. La vérité, il n’existe plus de Joujou des Comores aujourd’hui. Pour votre information, d’abord, dans notre statut, il n’est pas porté la mention « Des Comores », après Joujou, non ! C’est mentionné, seulement « Joujou » de Ouani. Mais, par reconnaissance de notre talent, de notre suprématie musicale au niveau national, ce sont les grand-comoriens qui nous ont collé cette étiquette « Joujou des Comores ». Ils nous ont dit en face, lors d’un concert public à Moroni, que vous n’êtes plus Joujou d’Anjouan, mais « Joujou des Comores ». Depuis, on porte cette belle étiquette ! Aujourd’hui, comme on a perdu cette gloire, plus de musicien ou talents ouaniens émergeant au niveau national, même la façon de jouer ou de se produire sur scène a radicalement changé. On ne compte plus sur l’échiquier musical national ni individuellement, ni collectivement, pourquoi se cacher derrière un masque pour dire que Joujou est encore là, et il y en a qui se permette même de monopoliser ce nom et en excluant d’autres, c’est insensé, scandaleux même ! On devait plutôt rendre un vibrant hommage à nos aînés qui nous ont legué ce bijou de nos jours « Joujou » fait partie du patrimoine culturel de Ouani et même des Comores, puisque des mémoires de fin d’études, soit à Mvouni ou ailleurs ont été rédigés sous le thème de Joujou des Comores. Les gens veulent savoir, découvrir le secret de ces talents, même la Radion Nationale Tanzanienne diffusait nos morceaux. J’ai entendu personnellement Foudhoyla chanter  dans la Radio nationale de Tanzanie. D’ailleurs comme nos professeurs d’instruments à vent étaient des militaires tanzaniens, on avait projeté de se rendre en Tanzanie en 1978. Helas ! Notre rêve fut brisé le 13 mai 1978, à la suite du coup d’état perpétré contre Ali Soilihi. Donc, aujourd’hui, si Joujou, général, se limite à ne jouer que des Toirabs, ça va de soi. On n’a plus ce courage-là, cette motivation d’antan.En plus, on n’a plus de jeunes compositeurs modernes qui puissent prendre le relais. De nos jours, la musique se fait à l’ordinateur. Tout le monde devient musicien du jour au lendemain. C’est Ramzane, Joe qui essaie, tant bien que mal de garder la flamme allumée pour qu’elle ne s’éteigne pas complètement, en encourageant les jeunes à jouer de la guitare, batterie et chanter. Honneur à lui, car il le fait avec ses propres instruments. Vous savez, les temps ont changé et on n’a pas su prendre le virage au moment opportun comme les autres. Autrefois, on jouait de la musique en live et en tant qu’amateurs. On était de jeunes lycéens, mais en même temps on faisait de la musique comme loisir. On n’avait pas de charges familiales ; alors qu’aujourd’hui ; on travaille ; on a des enfants à nourrir, toute une famille à entretenir, et la musique est devenue une profession. Regardez, Salim Ali AMIR vit de sa musique. Il gagne beaucoup d’argent. Donc, il a la motivation nécessaire pour exercer son talent. Et on voit le résultat. Nous, on veut rester encore à ce stade primaire, même les instruments sont trop chers de nos jours. Hier, même les habitants de Ouani cotisaient pour acheter les instruments. Donc appréciez-vous-même « le fossé ».

 7- A l’origine, à travers leurs activités, les « JOUJOU » jouaient un rôle non négligeable dans le développement socio‑culturel de la ville, voire même de l’île et du pays. N’est-ce pas un échec pour la génération d’aujourd’hui qui quitte cette voie alors que Ouani se trouve beaucoup plus dans le besoin ?

Oui, vous avez parfaitement raison, Joujou demeurait l’orchestre de tout ouanien, hommes et femmes. On a contribué beaucoup au développement et au rayonnement de notre ville. On organisait des manifestations et on collectait de l’argent pour la construction d’un édifice quelconque ou une école. Et même au-delà de notre ville. Notre philosophie, on oeuvrait pour l’interêt général. Sachez que quand on était orchestre national, souvent on nous invitait quelque part pour aller jouer et tout l’argent qu’on amassait servait à une œuvre sociale. A titre d’exemples illustratifs, en 1977, la ville de Mitsoudjé, (ville natale du Président de la Republique actuel, Azali Assoumani), s’est mobilisé et nous a envoyé 7 billets d’avion pour qu’on aille se produire dans tout Ngazidja et les bénéfices servaient à construire ou réhabiliter leurs écoles primaires. A Mutsamudu, on a fait la même chose aussi pour construire les écoles primaires de Missiri. Nous, on ne touchait aucun sou ! Donc, si l’on veut qu’un groupe musical de talents individuels ouaniens renaissent, il faudra changer ‘notre fusil d’épaule », comme l’on dit ! C’est-à-dire on doit devenir professionnel. La musique est un métier, comme le football, la pêche, etc. Partout dans le monde la musique nourrit le musicien même chez nos voisins maorais, pourquoi ? Est-ce qu’ils ne cessent de progresser ? Tout simplement parce qu’ils ont compris d’abord que c’est un métier, ensuite, ils ont ou se donnent les moyens pour développer et leurs autorités osent « mettre la main à la poche, car c’est leur culture qui rayonne à travers la musique. Et du coup, on occupe les jeunes. Par contre, chez nous, on a les institutions pour développer ce secteur, mais la mentalité nous bloque, changeons-la si nous voulons aller de l’avant.

 

 8- Monsieur PALA, si ce n’est pas discret, pourquoi JOUJOU s’est disloqué ? Dans quel groupe vous vous êtes affilié et pourquoi ?

Cela me gêne un peu de répondre à cette question, car il s’agit du principe de mérite qui est à l’origine du malentendu. En effet, en 2002, quand Mr le Ministre  Colonel Sidi nous a fait inviter  par le Gouvernement mauricien, au festival Créole de Rodrigues, (la petite ile qui était encore sous administration mauricienne), tout le monde n’était pas au courant de ce voyage. Le colonel a téléphoné à Bousri, son frère, qui n’est autre que notre soliste, pour lui donner l’information du voyage. Sachez qu’auparavant  des groupes de Moroni, de Mwali y étaient déjà invités, alors il a voulu faire profiter aussi ses « frères » pendant qu’il était là, Ministre de la Culture, il n’y avait pas de mal. Alors quand Bousri m’a mis au parfum du projet, je lui ai demandé de ne pas livrer l’information, car  on était en pleine crise séparatiste d’Anjouan. En nous faisant inviter à Rodrigues officiellement, on allait représenter les Comores  (4 iles, même Mayotte), et si toutes les autorités de Moroni ou même la population de Ngazidja l’apprenait, il allait avoir de sérieux problèmes, et si le gouvernement séparatiste d’Anjouan apprenait cela, on courait un grave danger. Face à ce dilemme, j’ai décidé d’abord des musiciens qui devaient faire le voyage. D’abord on ne prenait que les meilleurs car, les places étaient limitées, que 5 places seulement. Nous avons supplié le Ministre pour qu’il en ajoute Une. C’est Bousri, Ibrahim Saindou, Foudhoyla, Omar Mohamed Dhoiffir, Samir Manzell et moi. Même Omar et Samir appartenaient à l’époque au groupe « Nature Love » de Oirdi Zahir. Mais comme c’était une question d’honneur de tout le pays et particulièrement de Ouani, alors j’ai su trouver les mots pour convaincre Omar et Samir à se joindre à nous pour en quelque sorte aller « sauver la patrie ». Vous savez, on a quitté discrètement Anjouan par bateau, individuellement, pour ne pas attirer l’attention du gouvernement d’Anjouan. C’est Madame Foudhoyla seule qui a pris l’avion. Arrivée à Moroni, on était chez notre frère Mohamed Bourhane, à Magudju. On a répété chez nos « frères » Awladil Komori, ensuite, on est parti pour Rodrigues. Mais à notre retour, nos amis qui n’ont pas fait le voyage en ont fait un scandale, alors que  nous, on oeuvrait pour la « bonne cause » et non pour des raisons personnelles. Un tel voyage  avec un tel itinéraire, Moroni, Mayotte La Réunion, Maurice, Rodrigues, on n’invite pas 20 personnes dans les circonstances politiques que j’ai décrites plus haut. C’est ça qui a causé la dislocation. Mais heureusement, depuis le mariage du fils de Ahmed Sidi, on a su amorcer la crise et un terrain d’entente est trouvé, entre les deux groupes : Malaika et Joujou.  Moi, je me trouvais obligatoirement dans le premier, avec Ibrahim Hamza et Saandi qui nous ont rejoint naturellement.

9- Quel conseil donneriez-vous aux jeunes ouaniens intéressés par la musique ?

Vous, jeunes musiciens ouaniens, je vous conseille d’apprendre la musique, en essayant d’abord un instrument. Si vous sentez que vous aimez la musique, aller voir Mr Omar Dhoiffir, Bousri Sidi, Monsieur Attou ou et surtout Ibrahim Hamza, qui connait le solfège, tout comme Omar ou chercher ailleurs. Demander toujours conseil auprès des aînés. Oirdi est là, c’est un mordu de la musique. Il a la passion en lui et il possède les instruments à lui. Mais sachez une chose, c’est fini l’époque où on jouait de la musique en amateurs. Aujourd’hui, c’est devenu un métier à part entier. Ailleurs, on a des producteurs qui vous lançaient, si ça réussit, c’est tout le monde qui gagne. Sans la motivation, il y a extinction. Si vous voyez les musiciens qui accompagnent Baco Ali de Mayotte, Latéral, ou Djao Djobi, Jerry Marcos de Madagascar ect. Ceux-là ne le font pas par plaisir. Le temps qu’ils dépensent pour répéter, c’est l’argent qu’ils perdent, car les autres l’utilisaient pour donner des cours privés. Donc, essayer de devenir professionnels si vous voulez réussir. Avec l’ordinateur, on tue la musique ou on lui enlève sa substance. L’ordinateur ne devrait être qu’un instrument qui nous aide à perfectionner nos œuvres, c’est tout. Mais le talent doit être une création personnelle, comme le livre, le roman ou la poésie.

Rencontre de l’écrivain Mab Elhad avec JOAL

mab el had

Interview organisée par Abdillah Abdallah

Permettez moi d’exprimer ma profonde gratitude au nom du club JOAL et en mon nom personnel à Monsieur MAB Elhad, le délégué aux Comores de ‘’Rencontres européenne -Euro poésie membre de l’Union des poètes francophones que nous, JOAL, avons  eu l’occasion d’inviter.

  • 1) JOAL : Monsieur MAB Elhad, vous êtes multiple : vous êtes Gendarme de profession, écrivain, dessinateur, photographe… Y a-t-il un lien entre vos textes et vos dessins ?
Comme disait Renan dans ’’Avenir de la science’’ je cite: ‘’si être poète, c’est avoir l’habitude d’un certain mécanisme de langage, ils seraient excusables. Mais si l’on entend par poésie cette faculté qu’a l’âme d’être touchée d’une certaine façon, de rendre un son d’une nature particulière et indéfinissable en face des beautés des choses, celui qui n’est pas poète n’est pas homme et renoncer à ce titre, c’est abdiquer volontairement la dignité de sa nature’’

 

MAB Elhad : Bonjour, permettez-moi tout d’abord de vous remercier pour votre invitation, et de vous présenter mes excuses, pour le retard que j’ai accusé à répondre à votre rendez-vous, des exigences professionnelles m’ayant longtemps retenu.  Maintenant  que je suis libre de mes engagements et mouvements, je me suis empressé et c’est un honneur pour moi de me soumettre aux questions d’une équipe comme celle  de Joal, qui ne ménage aucun effort pour valoriser la littérature comorienne, aux travers de ses activités et plus particulièrement, celle qui consiste à susciter le goût de la lecture à la jeunesse comorienne. Je me fais un devoir de vous informer qu’au nom de Europoésie France, plus particulièrement Monsieur Joël Contes, je tiens à votre disposition quelques revues et livres qui permettront de nourrir la créativité des jeunes membres de JOAL. J’espère que nos amis d’Euro poésie, se feront un plaisir de venir visiter les îles de la lune et plus particulièrement cette île charmant, aux parfums et à la beauté lunaire qu’est Anjouan. 

Pour revenir à votre question, je dirais qu’effectivement je fus un gendarme munis de plusieurs ‘’képis’’, pour ne pas dire casquettes. Si j’ai pris ma retraite en 2009, après 22 ans de bons et loyaux services, sous les couleurs de la Gendarmerie, c’est aussi en partie parce que souvent on me disait que le Lieutenant que j’étais s’est trompé de carrière, et que ce fut un crime d’hérésie au sein de l’armée, pour certains, parce qu’étant poète, je semblais trop sentimental pour un gendarme sensé imposer la loi. Et c’est vrais que de prime abord être à la fois Gendarme et poète, prête à confusion, parce qu’il n’est pas facile de confondre le rationnel et son contraire, nourrir le réel d’imaginaire.Mais c’est justement dans cette contradiction que, comme un acrobate,  je retrouvais mon équilibre, qu’au cœur de l’épreuve jaillissait la clairvoyance et nourrir de sérénité  mon inspiration. Mais ce que les autres oubliaient c’est que, justement grâce au tempérament, à la souplesse et à cet état d’esprit réfléchi du poète, j’ai réussi mes meilleurs enquêtes et  médiations. Et puis après tout je ne suis pas le 1er Militaire poète n’est-ce pas ? Avant moi il y a eu mon ami malgache, le Général Désiré Ph.Ramakavelo, ex-ministre des Forces Armées, puis des Affaires Etrangères de la Grande île, et j’en passe des illustres comme les français Paul Verlaine, Lautréamont, ou encore, l’anglais Georg Herweigh, comme poète révolutionnaire mais aussi les poètes guerriers de la 1ère guerre mondiale. Chaque pays a eu son militaire poète. En ce qui concerne le dessin,  je ne suis pas un dessinateur mais plutôt je m’exerce à la calligraphie et à la photographie par passion parce qu’ils sont d’autres  formes d’expressions ou d’écritures, voilà donc le lien. Certes, je m’inspire de mes photos pour écrire de la poésie, comme je me sers de la poésie pour dessiner mes calligraphies, ou calligrammes et de mes poèmes pour illustrer ma photographie, et  vis-versa. Sinon j’ai quelques projets d’écritures, comme la publication d’une anthologie ‘’florilège de la poésie comorienne’’ dans laquelle, j’ai répertorié dans la partie bibliographie sélective, une vingtaine de poètes comoriens publiés y compris Mayotte, pour une trentaine (33) de recueils publiés, contre 05 anthologies portant sur les Comores et et 05 essaies ou travaux de recherches sur la poésie comorienne et la chanson. Par ailleurs une demie douzaine d’œuvres poétiques étrangères ont cités les Comores, ce sont pour la plus part des poètes ayant séjourné sur les îles de la lune et qui ont été inspiré au cours de leurs séjour. De même une vingtaine de jeunes poètes cherchent éditeurs pour se faire publier tout au moins.

2) JOAL : lors de la parution de votre première œuvre, « Kaulu la mwando », vous avez laissé entendre que : « je ne suis pas allé à la poésie, c’est la poésie qui est venue à moi ». Comment expliquez-vous cela, alors que nous savons qu’écrire demande un grand talent et beaucoup de travail. 

MAB Elhad :

‘’La poésie est le sens mystérieux des aspects de l’existence’’ Stéphane Mallarmé

J’ai été happé par la poésie, comme tant d’autres enfants dès l’école primaire. J’ai eu la chance d’avoir en classe de Cour élémentaire 2ème année(CP2) un enseignant formidable en la personne de Monsieur Kaki, (paix à son âme) originaire de Moroni M’tsangani, qui m’a donné goût à la poésie.  Lequel nous faisait vivre la récitation. C’est-à-dire que pour avoir la meilleure note, il fallait rentrer dans la peau de ‘’l’animal’’ et jouer au mimétisme en imitant le contenu du texte. C’est ce qu’aujourd’hui on nomme « mis en espace ou lecture scénique » nous l’avons vécu avec lui et avant l’heure. Ce qui m’a donné goût à aimer la poésie, donc j’estime que grâce à mon instituteur la poésie m’a emportée comme une maitresse du verbiage, pour m’emporter vers des horizons inespérés et me faire goûter aux fruits délicieux des mots. Quant à la calligraphie, elle m’est venue aussi de mon feu instituteur (paix à son âme) Ahmed Soilih) qui m’a enseigné au CP1, et qui faisait de l’écriture une matière à part et tout un jeu artistique. Je crois que de tels enseignants aussi impliqués manqunt à notre pays. Et quand à la photographie, c’est grâce à mon frère et Ami Cheikh Said, qui dans notre enfance disposait d’un appareil 110 Agfa, avec lequel je me suis initié avant de fréquenter le club photos du Lycée d’Enseignement Professionnel Agricole de Luçon Pétré(LEPA), en Vendée auquel je fuis l’un des animateurs, dans les années 80, puis  une fois Gendarme j’ai été me perfectionner au Centre de Perfectionnement de Police Judiciaire(CPPJ) à l’Ecole des Sous-Officiers de Gendarmerie à Fontainebleau, tout près de Paris où je me suis spécialisé en Police Technique & Scientifique (PTS)

 

  • JOAL : Des extraits de votre recueil Kaulu  la mwando figurent sur les billets de banques de 1000 francs et de 2.000 francs depuis 2005. Estimez-vous la portée d’une telle reconnaissance et quel intérêt avez-vous tiré de cette distinction ? et pourquoi vous justement ?

MAB Elhad : Effectivement l’évènement date de Novembre 2005, depuis que des extraits de mes poèmes se retrouvent en mini lettres, macros lettres rouges et en filigranes sur les billets de banque de 1000 et de 2000 francs émis par l’Etat comorien, au même titre que les maximes et pensées du Prince des poètes comoriens, Mbaé trambwe. Comme l’a si bien écrit Irchad Ousseine, dans Alwatwan Mag, n° 34 de décembre 2013, c’est ‘’un fait qui distingue le paysage littéraire de cet archipel’’. Bien que la presse nationale en a parlé à l’époque, l’évènement était passé inaperçue et le billet de 1000 francs KMF classé meilleur billet mondial par l’Union Internationale des banque en 2006. C’est cela ma fierté, d’avoir contribué à distinguer et honorer mon pays. C’est le plus beau prix auquel  j’ai été récipiendaire. Il est toutefois  nécessaire de préciser ici, qu’à travers ma modeste personne, la Banque Centrale des Comores avait pour ambition d’honorer la scène culturelle comorienne dans ses différents aspects d’où la présence de dessins aussi, valorisants la pêche et l’agriculture. Le fait que je sois à la fois un poète qui touche par ailleurs aux arts (notamment la poésie et la calligraphie), et le plus récemment publié à l’époque dans une édition comorienne, cela leur a semblé un atout supplémentaire pour  me faire publier sur les coupures de la dernière gamme de billets de la banque centrale des Comores. A en croire l’article paru dans le n°914 d’Alwatwan en date du 12 janvier  2006, signé de Madjuwane ‘’ ces textes figurent parmi les nombreux éléments appeler à accroitre la sécurité de la nouvelle gamme… et assurer le rayonnement de la culture comorienne. Il s’agit également pour la BCC de reconnaitre la passion de toujours pour les arts et la culture du gendarme, qui en plus d’être un poète reconnu est un véritable touche – à – tout dans tout ce qui concerne ces disciplines, notamment à la calligraphie et à la poésie. En portant ses choix  sur ce passionné des arts et de la communication, l’une des quatre uniques banques d’émission de l’Afrique francophone et de l’Océan indien accorde aux textes et à leur auteur une très longue prospérité’’. Et Irchade de rajouter que : ‘’ Il est vrai que les vers de MAB Elhad contre l’arbitraire et la pauvreté frappés sur le billet de banque (de 2000KMF) sont aussi une belle leçon de morale dans ce monde  néolibérale de quoi réconcilier les pour et les contre dans ce type de projet’’. Et après tout je ne serais pas le premier à connaitre une telle distinction, le Gabon a honoré un de ses artistes sur billet de banque, de même que Rakoto Frah, le roi de la Sodina malgache figure sur le billets de banque malgache, ailleurs des auteurs ont leurs noms donnés à des rues.

  • 3) JOAL : « Regard biaisé», le titre de votre deuxième œuvre, est un titre très original. C’est vous qui l’avait choisi ou c’est l’éditeur qui vous l’a proposé ? 

MAB Elhad : Ce titre ‘’Regard biaisé’’ est de moi. En fait,  ce recueil est un rétroviseur. Un regard critique que je pose sur mon passé et une appréhension, un questionnement sur l’avenir. Je parle de ma jeunesse notamment en France Nantes, mais aussi à Moroni et de mon attachement envers cette ville qui m’a servi de ‘’Muse’’.    

  Comme Mme Mohamed Dhoifir Saouda l’a si bien rapporté dans la préface : c’est ‘’le cliché émanant d’un aperçu d’ensemble entre non-dit et sentiment étouffés, par une certaine réalité, résultant d’un certain lyrisme existentiel…vis-à-vis de l’évolutions de nos mœurs, entre croyances et pratiques, mais aussi entre espoir et incertitude…’’ et comme l’a rapporté le journal Archipel dans sa critique, je reste ce  ‘’poète éclectique se nourrissant de son quotidien. Dans ‘’Regard biaisé’’ j’ai aussi tiré certaines leçons de ma vie. En reconnaissant mes tords j’ai présenté mes excuses à la destinée. Contrairement à ce qui m’a été reproché dans ce recueil, je n’ai pas voulu régler des comptes, mais plutôt faire le constat de mon vécu ; et tirer quelques leçons  de la vie. 

  • 4) JOAL : A travers « Regard Biaisé», vous nous présentez les pays et les lieux qui ont marqués votre vie, les moments forts que vous avez vécus. Quel est la part de l’imagination ? 

MAB Elhad : Oui effectivement, je dois beaucoup à l’armée comorienne et plus particulièrement à la Gendarmerie grâce auxquelles, j’ai eu non seulement une éducation, mais ont contribuées à fixer mes objectifs, et la Gendarmerie m’a ouvert les portes des ambitions. Grace à ma carrière de Gendarme, j’ai été 1er Adjoint du Maire de Moroni, puis préfet de Centre, avant d’occuper des fonctions de conseiller de différentes autorités en matière de sûreté est sécurité de mon pays. Le dernier poste que j’ai occupé comme Directeur Général des Renseignements Extérieurs, a beaucoup nourri mon expérience. Pour revenir à votre question, toutes ces fonctions m’ont permis de beaucoup voyager et de découvrir le monde qui m’a beaucoup inspiré. Oui il existe une part de fiction dans ‘’ Regard biaisé ’’ certains  poèmes ont été écrits entre deux vols,  c’est le cas du poème ‘’ Destiné’’ écrit entre Anjouan et Mayotte, et qui parle de la mort, inspiré par ce bras de mer meurtrier.  C’est le cas aussi pour les poèmes ‘’Maoa Marguerite’’, en hommage à une amie perdue de vue, ou encore ‘’Elabakana’’ qui loue la femme indiano-métisse, cette  perle riche de métissages qui embellie sa beauté, deux poèmes écrits  à Antananarivo,   mais aussi ce poème ‘’Voyage’’ écrit au cours d’un transit à Addis Abeba en souvenance d’une hôtesse de l’aire, qui s’est invité dans mon rêve. C’est justement dans ce poème où prédomine la fiction, parce que ce poème a été interprété différemment et a fait l’objet de différents critiques qui parfois ont portées à confusions. Franchement je n’ai jamais rencontré cette hautesse de l’aire, ce n’est qu’un simple rêve ! 

 

‘’Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré’’         Paul Eluard

La part du rêve fut aussi de voir mes textes mis en lectures scéniques, par l’artiste dramaturge Soumette et sa troupe en France, mis en dance chorégraphique par Idrisse dit Sans blagues et sa troupe à Madagascar et en Afrique ; joués au théâtre par la troupe des amis de Hahaya, pour ne citer que ceux-là. 

  • 5) JOAL : Vous avez écrit la deuxième partie de votre œuvre en anglais. Y a-t-il une raison particulière à cela. A quel type de lecteur est adressée cette deuxième partie qui est en anglais ?

 

MAB Elhad : A l’ origine, ce sont les textes extrait de ‘’ Kaulu la mwando’’, mon premier recueil qui ont été traduit en anglais, tout simplement parce que j’avais été retenu pour faire partie d’un programme de l’éducation américaine, consistant à envoyer pendant 2 ans un auteur, aux USA pour faire connaître la littérature de son pays. Le 1er à bénéficier de ce programme aux Comores, fut le doyen des auteurs comoriens Mohamed Toihir.          

Je devais être le deuxième candidat à y bénéficier de ce programme. Les poèmes ont été traduit en parti par un ami malgache travaillant à l’Ambassade des USA à Madagascar, et l’autre partie par S. Antoisse Ezdine qui travaille à Comores télécom et auxquels j’exprime ici ma gratitude. Malencontreusement il s’est avéré que je ne parle pas la langue  anglaise et du coup c’est un poète malgache qui a bénéficié de ce tour. J’ai donc estimé qu’il fallait que je valorise cette interprétation aussi riche au profit des jeunes comoriens qui apprennent l’anglais pour qu’ils puissent bénéficier de textes comoriens traduits en anglais. Et je ne le regrette pas puisque j’ai reçu des retours positifs, d’ailleurs le recueil a très bien été accueil et il reste très peu d’exemplaires à écouler à Moroni. Sur 250 livres il me reste environs une centaine en vente en France et une trentaine dans les librairies comorienne, par ailleurs le livre est aussi vendu sur les réseaux en version e-book et dans certaines librairies sur commande après un an de publication. Dieux merci, je suis satisfait.

6) JOAL : Faites-vous parti d’un cercle d’écrivains ? 

MAB Elhad : Oui je suis le Délégué pour les Comores d’une Association Internationale francophone connu du nom de ‘’ Rencontre Européennes Europoésie’’ qui édite mensuellement le ‘’Bulletin des Amis d’Euro poésie’’ et présidé par l’Honorable Joël Contes. C’est justement grâce à eux que je dois vous remettre quelques revues et livres de poésie, faisant parti des livres que cette association édite au cours des différentes manifestations qu’elle organise. D’ailleurs vos membres et vos lecteurs peuvent visiter le site http://europoesie.centreblog.net, Euro poésie est représentée dans une vingtaine de pays notamment francophones parmi lesquels les Comores. Je suis aussi sympathisant du Printemps des poètes des Afriques et d’Ailleurs présidé par mon ami Thierry Sinda membre fondateur des poètes de la Néo – négritude auquel j’ai eu le privilège de rencontrer à Paris. 

  • 7) JOAL : En tant que délégué aux Comores de l’union des poètes francophones vous avez eu la chance de voyager beaucoup et pris part à de différentes manifestations sur la scène internationales. Qu’avez-vous découvert dans le monde de la littérature ? De quoi souffre notre littérature comorienne? 

MAB Elhad : Oui effectivement, j’ai eu la chance de participer à différentes manifestations littéraires et artistiques, en l’occurrence dans l’Océan indien, au cours des FIPIO (Festival Interrégional de Poésie de l’Océan Indien) organisé par l’Union pour la Défense de l’Identité Réunionnaise (l’UDAR) mais aussi à différents FIPIA (Festival Itinérant de Poésie en Afrique) organisé par Paul Dakeyo. C’est ainsi que à l’instar des poètes comoriens Aboubacar Ben Said Salim, et Nassuf Djailane, je figure sur certaines anthologies  de la poésie de l’Océan indien. Et comme artiste j’ai été récipiendaire du trophée d’art dans le domaine de la photographe, offert par l’Union des artistes Réunionnais(UDIR) au même titre que les artistes comoriens Séda et Chakri. 

Durant mon mandat de 1er Adjoint au Maire de Moroni, puis Préfet du Centre, j’ai eu à initier un projet d’échanges culturels avec le Maire de St-Denis que j’ai invité à visiter la Mairie de Moroni. Ces échanges ont été renforcer par les relations nouées avec  l’Espace de Recherche et de création en Arts actuels de la Réunion pour faire l’état de lieu devant permettre une collaboration entre la ville de Moroni et celui de ST. Denis dans le domaine culturel. Antoine du Vignaux, le créateur de cette structure est un ami grâce à qui j’ai dû participer à  certaines de leurs activités notamment à une veillée poétique à l’île de La Réunion, et aux Rencontres ‘’Elabakana’’ à Madagascar. Depuis LERKA est venu à Moroni faire son état de lieux et des jeunes comoriens ont pu bénéficier du fruit de ce partenariat grâce à cette structure réunionnaise. Je tiens à leur exprimer mes remerciements. 

Notre littérature souffre d’un désintéressement dû au manque d’application de la politique nationale de la culture. Non pas qu’elle n’existe pas puisque j’ai eu le privilège de participer aux assises nationales d’Avril 2008, qui se sont tenues au Palais du peuples en sa faveurs, puis à l’Atelier de sensibilisation tenu à l’Ecole de Santé au mois de  juillet 2011 sur : 

  • la convention relative à la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles ;
  • la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel.

Lesquels ont aboutis à l’élaboration de ‘’La Politique Culturelle’’ élaborée en Aout 2011 avec le concours de la Commission Nationale de l’UNESCO et la Direction des Arts et de la Culture.

Seulement tant qu’il n’y aura pas un ministère de la culture, notre littérature ne pourra pas s’épanouir. Certes des progrès ont été enregistré avec le Festival des Arts Contemporains des Comores, sous le règne de son Excellence le Président Ikililou Dhoinine,                              puis il y a eu le 1er Salon du livre qui vient de voir le jour aux Comores avec le soutien du Gouvernement Comorien sous la Présidence de son Excellence le Président Azali. Il est à rappeler que c’est sous son premier mandat présidentiel qu’a été créer la ‘’Journée Mbaye Trambwe’’ intitulée journée de la poésie comorienne célébrée tous les 17 juin de chaque année, de même  que les Gamboussi d’Or, mais tous ces évènements ont été pour la plus part délaissés faute de manque de financements. Mais je suis optimiste au vu de la motivation qui anime l’actuel Président et son Gouvernement de l’Union,  qui ne ménagent pas leurs efforts pour accompagner les nouveaux projets  qui leurs sont soumis.

Autrement il faut reconnaitre que du côté des auteurs et des artistes nous ne faisons aucun effort pour nous faire reconnaitre, et faire vivre les associations en faveurs de la scène littéraire ou artistiques. Les associations se meurent fautes d’activités. Hormis Muzdalifa House à Moroni, et JOAL à Anjouan rien n’est fait. En ce qui me concerne en tant que Délégué d’Europoésie, j’essaie de célébrer le printemps des poètes tous les ans et encourager la création des clubs de poésie villageoise, comme ce fut le cas à Mbéni. Par ailleurs j’ai créé sur Facebook l’espace de poésie ‘’Poètes comoriens et ami(es) des Comores’’  où bon nombre de poètes en herbes et des talents confirmés ne manquent pas de nous faire l’honneur de leurs visites. J’ai aussi créé l’espace ‘’PHOTOGRAPHIE COMORIENNE’’ qui connait une très grande fréquentation. Je saisi cette opportunité pour remercier les visiteurs des deux espaces. Certes c’est très peu de choses, mais l’adage comorien dit que (ye yaroha tsozi kadja saza ililo) Celui qui a versé une larme n’a pas manqué de pleurer. Donc nous avons des ambitions à  Europoésie et nous sommes en train d’identifier les clubs de poésie existant et susceptibles de faire un partenariat avec la Délégation Comores d’Europoésie pour leurs apporter notre soutien qui peut être multiforme. 

  • 8) JOAL : Dans votre œuvre, « Regard biaisé»Presque tous les poèmes sont rimés, mais souvent les vers n’ont pas les mêmes longueurs. Y a-t-il une raison particulière à cela ?
Victor Hugo disait que ‘’l’homme ne fait que des vers, le cœur seul est poète’’.

 

MAB Elhad : Je ne suis pas conditionné par l’obligation de la rime et me soumet au rythme de mes mots. Je les prends tels qu’ils me viennent et les restitues à mes lecteurs. Ce qui m’importe le plus c’est l’harmonie entre le message que je délivre, la musique suscité par le rythme, et l’image que le lecteur se fait de mon message.

  • Joal  9) Aujourd’hui que vous êtes à la retraite. Vous êtes devenu un écrivain à plein temps ou pas ? Avez-vous l’ambition de l’être ? 

MAB Elhad : Officiellement oui après 22 ans de loyaux services dans l’armée, j’ai demandé de mon propre gré, une retraite anticipée pour des raisons personnelles. Mais il arrive que mon pays me sollicite pour différents missions. Actuellement j’envisage de m’installer à mon compte. Ce qui en soi me permettra de continuer à créer et à écrire. Non je ne me suis jamais considéré comme un écrivain à part entière. J’ai beaucoup d’estime à l’endroit des écrivains pour me prétendre écrivain. Je suis plutôt un passionné d’écriture sous toutes ses formes, un jongleur des mots. Certes j’ai quelques projets d’écritures en vue notamment  en photographie pour faire connaitre les petites histoires de nos sites touristiques entre : Légendes, croyances et mythes ; j’ai aussi un projet d’anthologie ‘’ Florilège de la poésie comorienne de l’indépendance à ce jour.

Quand le sorcier mène l’enquête.

Sinon j’ai une histoire  inspiré de mon vécu de gendarme.  En effet c’est une réalité qui frôle la fiction. Alors jeune gendarme formé en Police Technique et Scientifique, j’ai eu à enquêter sur ma première scène de crime d’un enfant abusé et tué au marigot de Moroni en 1987, derrière le port. Muni de ma mallette contenant le matériel d’investigations criminel pour me rendre sur la scène du crime  je me suis vu rappeler à l’ordre par mon commandant de compagnie, qui a estimé que le sorcier du village voisin, fera mieux l’enquête que les instruments conçus par des blancs qui ne connaissent rien de la réalité comorienne……

  • Joal 10) Quel regard portez-vous sur la littérature comorienne ?
  • MAB ELHAD:  Elle a des beaux jours devant elle. Il y a des talents qui naissent de plus en plus mais ce qui manque c’est un encadrement, des conditions de motivations. Il faudra dépoussiérer cette politique culturelle. Que peut bien faire un directeur de la culture ou son ministre quand le budget de l’Etat n’estime pas nécessaire de prévoir les faciliter de fonctionnement ? La plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a. Il faut soutenir le C.C.A.C – Mavouna et les CLAC ainsi que les structure à l’instar de JOAL, qui se vouent à l’épanouissement de notre culture. Il faut valoriser nos talents bon nombre d’entre eux nous reviennent avec des distinctions mais ne sont aucunement pas considérés dans notre pays. Il est temps de créer la médaille nationale des Arts et des Lettres qui reste un éternel projet des différents gouvernements successifs.
  • Joal 11) Un dernier message à vos lecteurs ?
  • Ce sont eux qui motivent la créativité et sans eux mon écriture n’aurait aucun sens. Ce sont leurs messages affectueux que je reçois de temps en temps qui me poussent et ce sont ces messages de considération qu’ils me témoignent ou que je retrouve dans mes livres d’Or à chacun de mes prestations littéraires et/ou artistiques que relis à mes moments difficiles, à mes heures de spleen. Je tiens à leurs remercier. Une mention spéciale à ces enseignants des collèges comme de l’Université grâce auxquels mes textes sont étudiés. Je leur exprime ma gratitude. Je perçois le retour de leurs étudiants qui me prouvent de la considération. Sans ces enseignants, ces professeurs, nos éditeurs, nos libraires,  à quoi auraient elle servie notre littérature. Et enfin ma reconnaissance va aux animateurs et responsables des Centres Culturels, de loisirs et  de lectures c’est eux qui suscitent les rêves de ces jeunes, c’est grâce à eux si les flammes de la littérature continuent de briller et que les brindilles  ne s’éteignent pas. A toute l’équipe de JOAL je vous remercie de tout mon cœur.

 

Rencontre de Madame Natagaari avec JOAL

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      Interview réalisée par Abdillah Abdallah                                                                              

  • 1 -Madame Natagaari, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs?

Je suis Natagaari, une écrivaine originaire de Côte d’Ivoire, née en août 1984. Je suis poétesse, nouvelliste et romancière, mais aussi slameuse en herbe.

  • 2-Dites-nous, comment l’écriture est-elle entrée dans votre vie ?

L’écriture m’est venue par le plus grand des hasards : j’avais une amie sur Facebook qui publiait des poèmes. J’aimais tant cela qu’il m’est venu l’envie de faire pareil. Et là je me suis découvert une passion. J

  • 3-D’où vous est venue l’idée d’intituler votre roman : La double existence de Natagaari Enigma? 

Je voulais entretenir tant de la curiosité, qu’une certaine envie de lire (chez ceux qui me connaissaient déjà), mais aussi… faire de l’humour : Natagaari écrivant « La double existence de Natagaari Enigma »

  • 4-Madame Natagaari, vous avez écrit un roman facile d’accès auquel vous avez fait de l’amour la trame de fond. Assiatou aime Afridoune à la folie, Afridoune aime Akhezza, la fiancée de son cousin Haroun. Afridoune aime Farida, la bien aimée de son frère Abdel Alim.   Y-a-t-il  dans votre vie un événement qui vous a marqué et qui vous a donné l’envie d’écrire cette œuvre?

A vrai dire si on considère l’affaire du point de vue de l’amour, non. Par contre si on considère l’œuvre dans son entièreté, oui : j’ai un profil Facebook où j’étais au départ un réel mystère. Et pourtant tant de gens me considéraient ! J’en étais venue à rire moi-même de cet intérêt qu’on portait à une obscure entité comme moi. C’est de là qu’est venue mon inspiration ; je me disais : donc si j’étais une machine, un oiseau, que sais-je, ils n’en sauraient rien. C’est ainsi qu’est venue mon désir d’écrire l’histoire.

  • 5-Simple curiosité. Dans la note de l’auteur vous avez donné deux options en répondant à la question : avez-vous déjà été amoureux ou amoureuse, obnubilé (é) par un (e) inconnu (e) ?Non, et  dans ce cas vous êtes un (e) grand (e) veinard (e) Oui, et  dans ce cas… aussi vous êtes un (e) grand (e) veinard (e) 

Pouvons nous dire que à travers cette œuvre vous vous êtes servi de Afridoune comme cobaye pour démontrer ces deux options ? 

Non ; dites-vous juste que je voulais faire de l’humour. Je n’aime pas le trop sérieux, vous savez. Une note d’humour est toujours la bienvenue pour moi.                                                                                                                                          

  • 6-Madame Natagaari, dans votre œuvre, vous nous parlez des années 2040, des imprimantes domestiques qui parlaient comme des personnes, c’est le cas de Kintana ou de Natagaari Enigma, l’invention de N’Teri. Kintana persuade Kamilah à ne pas haïr son corps, Natagaari refuse d’accomplir la mission de général Sodah. Vous nous parlez également des motos qui volent comme des avions. Selon l’endroit du monde dans lequel vous vous trouvez (l’Afrique), parlez de ces genres de choses, n’est-ce pas trop rêver ? Ou partagez-vous le point de vue d’Alain Mabanckou lorsqu’il dit : la littérature c’est aussi refuser le monde réel pour en inventer un meilleur ?

C’est rêver et c’est bien ! Le rêve est la sève de la vie. Tout ce que nous avons d’extraordinaire aujourd’hui : l’ordinateur, le téléphone, les navettes spatiales, tout ceci est né d’un rêve. Donc j’assume bien ce côté rêveur de mon œuvre. Et cette citation d’Alain Mabanckou, à quelle point est-elle belle et vraie ! En vérité la littérature serait quelque chose de bien pâle si elle ne devait être calquée que sur la réalité. Elle a besoin de cette fantaisie qui ne sied qu’au rêve. Elle a besoin d’un univers d’expression plus vaste ;

  • 7-A travers la trame de votre roman également transparaît une influence cinématographique. N’y a-y-il pas une raison profonde à cela ?

Non, du tout. Là c’est mon subconscient qui a pris le pas. (Sourire)

  • 8-La Cote d’Ivoire fait partie des pays africains qui sont devant dans le monde de la littérature. Il existe une association des écrivains qui a une bonne assise dans le pays. Quel regard portent les aînés sur vous, les écrivains en herbe ?

Oui, il y a une association d’écrivains. Récemment il lui a été désigné comme président un grand écrivain talentueux dans les mots, actif dans les œuvres. J’espère apporter une petite pierre à l’édifice littéraire de mon pays.

  • 9-Quels sont vos projets d’écriture ?

Mes projets ? J’ai des œuvres en cours d’écriture : romans, nouvelles, poèmes. Mais aussi du slam.

  • 10-Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

A ces jeunes je dis : allez-y tout simplement ; ne vous encombrez pas d’appréhensions, oubliez les étranges suppositions, tout le monde peut arriver à faire de belles composition, poétiques ou romanesque ; il se peut que vous ayez une prédisposition à l’écriture alors engagez-vous donc et affirmez votre position.

 

 

 

Rencontre avec L’écrivain Ivoirien:Mathurin Goli Bi Irié

Rencontre de l’écrivain ivoirien : Mathurin Goli Bi IRIE avec JOAL

Interview organisée par Abdillah Abdallah

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1- Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, présentez-nous votre ouvrage, La Lycéenne, en quelques mots ?

La Lycéenne est un roman engagé qui fait le procès intégral de l’école ivoirienne et par ricochet, celle du continent africain.  » La lycéenne » est un livre qui met à nu les maux qui rongent le temple du savoir en l’occurrence, la commercialisation des notes par les professeurs au lycée et au baccalauréat, la vanité puérile des enseignants face aux apprenants. En un mot, mon roman étale sans fioritures le dysfonctionnement du système scolaire de mon pays, la Côte d’Ivoire.

2) Vous êtes censeur dans un lycée. Pourquoi exactement vous avez écrit une œuvre qui parle d’une lycéenne qui est follement amoureuse de son professeur ? Vous êtes vous inspiré d’un fait réel ?

J’ai écrit ce roman  » La lycéenne » pour montrer au grand public les pratiques amoureuses qui mettent à mal la sincérité de l’enseignement dans les lycées et collèges. A vrai dire, je me suis inspiré des faits réels qui sont monnaie courante dans les lycées et collèges.

3) Donner raison à cette élève n’est-ce pas une façon de casser la distance qui sépare l’enseignant et l’élève?

Non. La distance entre le maitre et son élève restera telle. Le maitre sera toujours le maitre car il est maitre par le savoir et la connaissance même moralement vaincu par son élève. C’est ma façon de montrer aux enseignants qu’ils sont des humains et par conséquent ils n’ont pas de droit divin à exercer sur la personne des élèves.

4) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, comment un enseignant qui refuse les avances de son élève peut-il être méchant ?

Nul doute, dans un débat entre le professeur et Mme Zélia, cette dernière voyant l’état loqueteux de la lycéenne, a dû avoir cette pensée qui relève de sa philosophie personnelle.

5) Dans votre œuvre, Mireille, l’héroïne, a vaincu son amour, a repris ses cours à deux mains et a réussi son baccalauréat. Quelle leçon voulez-vous donner à travers cette héroïne ?

L’amour ne doit pas être un frein à l’épanouissement intellectuel de toute lycéenne. Mireille a fait montre de courage. Malgré tout ce qu’elle a subi, elle a pu atteindre l’objectif final. Avoir le Baccalauréat.

6) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, Vous êtes le préfacier de Drapeau en berne, une pièce théâtrale écrite par Monsieur Attou, un écrivain comorien. Cette œuvre reflète-t- elle quelque part une réalité qui peut être ivoirienne comme nous lisons les Comores à travers La Lycéenne ?

Bien sûr que oui. Le néocolonialisme fait rage an Afrique. Il est une réalité en Afrique toute entière. Je l’ai évoqué d’une autre façon dans ma pièce de théâtre  » Et l’Afrique se rebella ». Ce que vit le peuple comorien est symptomatique du martyre

7) Monsieur Mathurin GOLI BI Irié, Vous qui faites partie des jeunes écrivains qui s’imposent en Cote d’ivoire aujourd’hui comme Etty Macaire, Hilaire Kobena et autres. Croyez-vous que la littérature peut vraiment nous aider à transformer notre Afrique ?

Oui. Le développement de l’Afrique partira de la culture; du savoir et de la connaissance. C’est ma conviction. En lisant mes œuvres on se rend compte que mon travail; c’est d’inviter les africains à croire que la voie de leur émergence passe par la lecture donc par la littérature qui véhicule des grands concepts au bénéfice de l’Afrique.

8) Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

Ils doivent aimer la culture, la lecture. Qui ne lit pas ne sera point un bon écrivain. Lire les autres, forme, conseille, aiguise le talent. Merci .

 

Rencontre avec l’écrivaine Claire Ubac

photo : Alex Godard__ Anjouan

Rencontre avec l’écrivaine Claire Ubac

 

               Interview réalisée par Abdillah Abdallah

  1. 1-Madame Claire Ubac, nous, Club JOAL, nous avions eu la chance de vous accueillir dans notre tanière (Espace Shababi de Ouani).  Pouvez-vous vous  présenter à nos lecteurs qui ne vous connaissent pas?

Je suis écrivaine. Munie d’un DEA en littérature comparée anglais/italien à la Sorbonne Paris IV, j’ai commencé à écrire dans la presse, puis dans la presse jeunesse avant de publier des histoires illustrées et des romans en direction des adolescents dans différentes maisons d’édition. Mon dernier roman à L’école des loisirs a reçu plusieurs prix, dont celui du salon de Brive la Gaillarde et celui de la Société des Gens de Lettres.

Depuis trois ans je touche un public élargi grâce à une série commandée par l’éditeur Play Bac. J’ai moi-même le projet de nouvelles expériences, de m’essayer à d’autres genres littéraires et de m’adresser à un public uniquement adulte.

Parallèlement à mon chemin d’écrivaine j’ai mené des ateliers d’écriture dans le cadre scolaire, de la maternelle au lycée, et, invitée par des associations, pour des adultes, en particulier dans le cadre de formation pour les professionnels de l’enfance. J’aime faire progresser, grâce à cette pratique, ma réflexion sur la transmission de la créativité ; sujet qui me passionne.

Identité de la démarche artistique et culturelle.

La familiarité et la curiosité que j’éprouve envers ma propre langue prend sa source dans les contes traditionnels. J’ai commencé à écrire dans cette forme, qui permet d’associer réalité et symbolique, et d’aborder des sujets de société aux questions parfois complexes.

Aimer ma langue m’a conduite à aimer les langues et à les parler, à voyager et à en tirer une source d’inspiration. Beaucoup de personnages de mes livres se construisent et évoluent en relation avec l’étranger ou l’ailleurs… Que je les fasse évoluer sur des planètes inventées ou dans un univers réaliste.

Il est impossible pour moi de commencer la rédaction d’un roman avant d’avoir trouvé la structure de narration qui lui convient. Le style, je le travaille dans la poésie et l’humour, susceptibles d’offrir aux lecteurs un décalage, un doute quant à l’interprétation de mon récit.

La musicalité et le rythme des phrases me tiennent à cœur : j’insiste sur leur importance quand j’anime des ateliers d’écritures.

J’aime travailler en collaboration. J’ai différents projets en cours, avec un collectif d’écrivains ; avec une illustratrice ; et avec le directeur d’une compagnie théâtrale à petit effectif.

  1. 2-Madame Claire Ubac, la quête de l’identité est un thème récurrent dans vos œuvres. Y a-t-il dans votre vie, un fait qui vous marque et  qui fait que cette quête d’identité hante votre esprit ?

quête de l’identité

Le fait qui m’a marquée depuis que je suis toute jeune enfant c’est la sensation d’injustice, particulièrement en tant que fille et femme, ainsi que le sentiment de l’absurdité de la guerre dans le monde et la violence qui peut agiter les relations entre les êtres humains. Ma réponse à cela aurait pu être d’être militante politique ou au sein d’une organisation. Mais j’ai acquis la conviction qu’il me fallait d’abord et avant tout comprendre et chasser à l’intérieur de moi tout ce que je reprochais à l’extérieur ; car nous portons tous en nous de la souffrance. Cette souffrance engendre la colère et l’envie de détruire autour de nous. Elle crée la haine de l’autre, et c’est cette souffrance qui donne naissance à la violence dans le monde. C’est pourquoi sans relâche, les personnages de mes livres cherchent à se voir clair en eux. Ils passent du sentiment d’injustice ou d’impuissance à la liberté de se réaliser et de maîtriser leur destin. Quand on maîtrise son propre destin on a moins envie d’accuser l’autre et de le maltraiter.

Au bout de leur parcours dans mes romans, mes personnages acquièrent la conviction qu’ils sont responsables d’eux-mêmes, qu’ils ont le choix de se soustraire aux mauvaises relations, de s’ouvrir aux bonnes, et qu’ils ont la possibilité d’avoir une action positive sur le monde à leur mesure. Ces personnages sont le reflet de mon propre parcours vers la lumière.

  1. 3-Pourquoi vous consacrez-vous aux jeunes ? Ce n’est pas trop se permettre si je dis que peut-être votre enfance influence votre carrière d’écrivain ?

Cette réponse fait partie de la précédente : quand on recherche en soi-même la solution à pouvoir exercer une action positive sur le monde, cela s’appelle aller du côté de la Vie, de l’Amour et de la Création, et non pas du côté de la mort et de la destruction.

L’aspiration de l’humain à se tourner vers le vivant est une question que je ne cesse d’interroger. C’est en partie pour cette raison que je l’adresse naturellement à un jeune public.

Vous avez raison, c’est mon enfance que je contacte pour écrire, et c’est aussi à l’enfance de chaque lecteur, enfant ou adulte que je m’adresse, parce que c’est cette délicate partie pleine de joie innocente, en chaque être, qui aime le mieux la vie et qui est le plus proche du vivant. Nous connaissons tous des vieilles dames ou des vieux messieurs qui sont en contact avec cette partie d’eux-même joyeuse et vivante, et qui rayonnent de cette bienfaisance, plus hélas que d’autres adultes qui ne sont plus en contact avec cette partie d’eux-même.

  1. 4-Madame Claire Ubac, vous vous intéressez aux jeunes défavorisés et vous les faites découvrir les ressources du langage et de la culture en animant des ateliers d’écritures. Étant d’origine indienne, avez-vous un projet pour les jeunes défavorisés indiens ? 

Il y a eu un malentendu, ou bien vous avez reçu une information erronée : je ne suis pas d’origine indienne, même si j’ai écrit un roman qui se passe en Inde. Je note au passage que quand j’ai appris l’arabe, à Paris tout le monde me demandait si j’étais d’origine arabe ou si j’étais musulmane. Faut-il être indienne pour s’intéresser à l’Inde, arabe ou musulmane pour apprendre à lire et écrire l’arabe ? Je suis française par mes deux parents, et je suis curieuse du monde entier. C’est tout !

Je m’intéresse aux jeunes gens défavorisés culturellement parce que la façon dont j’ai été élevée m’a appris à penser aux autres. J’ai été élevée chrétiennement et plus tard j’ai constaté que la religion musulmane transmettait le même message de partage envers l’autre qui a moins de chance que nous.

Du côté intellectuel j’ai eu beaucoup de chance, ma mère me racontait des contes, mes parents m’ont transmis en parlant une langue maîtrisée et riche, il y avait des livres à la maison. La langue et la littérature étaient pour moi des amis, comme des membres de ma famille !

J’ai constaté plus tard que pour certains enfants ou adolescents, au contraire, les livres étaient absents, la parole et le vocabulaire mal maîtrisés. L’école, la langue française leur était une ennemie dans la mesure où ils n’arrivaient pas à la maîtriser et cela leur causait de la souffrance. J’ai eu envie de leur apporter ce côté affectueux, familier de la langue que j’ai eu la chance d’avoir reçu.

  1. 5-Madame Claire Ubac, vous  nous avez fait voyager pour Bombay en compagnie d’Isai et de Murugan sous la protection de Sarasvatî, la déesse de l’art. Je vous avoue que votre œuvre Le chemin de Sarasvatî a fait couler de larme chez nos jeunes du club JOAL. Certains étaient même énervés. Vous qui vous déclarez écrivaine de la jeunesse, pourquoi avoir martyrisé cette jeune héroïne et ne pas sanctionné son tortionnaire, tante Cobra ? (une question que les jeunes du club ne cessent de se poser)

J’aime beaucoup cette question juste et spontanée que les jeunes du club lecture JOAL se posent et je les félicite de leur sincérité ! Je suis heureuse qu’ils aient pleurés et qu’ils soient énervés par mon roman ! C’est mon but quand j’écris : provoquer des émotions et réveiller la conscience.

Ce n’est pas par méchanceté que je veux faire pleurer ; moi-même il m’arrive de pleurer en écrivant mes propres textes ( de rire aussi, heureusement !) C’est parce que je veux retransmettre une certaine réalité, sans complaisance. Or les enfants maltraités, hélas il y en a dans tous les pays.

Vous dites : « comment pouvez-vous écrire cela en étant écrivaine pour la jeunesse ? » J’entends d’abord dans votre question le mot «  écrivaine ».

Là se trouve je crois une différence entre la littérature pour la jeunesse en Afrique et en Europe. En Afrique, le plus souvent un livre destiné aux jeunes a un objectif moral ; c’est un outil pour que les jeunes se conduisent bien. Il donne des leçons ; dans un tel livre la tante cobra serait punie parce qu’elle est méchante et mérite une leçon.

Dans la littérature européenne au contraire, on cherche à donner le reflet de la réalité. Or, dans la vie réelle, je connais bien des tantes cobra en Inde, en France et ailleurs qui ne sont jamais punies. En tant qu’écrivaine, mon objectif n’est pas de donner une leçon de morale à ma lectrice ou à mon lecteur en lui disant : « Tu vois ce qui va t’arriver si tu es méchant (e) comme la tante cobra, tu vas être puni ou punie ! »

Au contraire, je fais confiance à ma lectrice ou à mon lecteur. Je lui présente une situation réaliste, et elle ou il jugera de ce qu’il a envie de faire, parce qu’elle ou il va choisir le personnage à qui s’identifier et ressembler. Exactement comme dans la vie : certains adultes vous font horreur, alors que d’autres par leur bel exemple donnent envie de les imiter.

Au final, je montre que la tante cobra inflige des souffrances, et je compte sur la sensibilité et l’intelligence de mes lecteurs pour ne pas avoir envie de lui ressembler. J’utilise à cet effet un autre moyen que celui de falsifier la réalité.

Le chemin de Sarasvati est un roman « réaliste ». Si j’écrivais un conte, ce serait différent, car dans ce monde imaginaire et symbolique, les méchants en effet sont punis.

  1. 6-Dans Votre œuvre Le chemin de Sarasvatî Vous lancez un cri fort pour dénoncer la culture indienne qui chosifie la femme. Et on constate que la musique occupe une place de choix dans cette œuvre. Quel rôle joue la musique dans votre vie ?

La musique est en effet très importante pour moi, ainsi que le chant. Quand je suis arrivée à Anjouan avec d’autres écrivains, des femmes magnifiques en shiromani étaient venues nous accueillir avec des chants qui m’ont remuée jusqu’au fond du cœur. J’ai chanté avec elles et je les ai enregistrées, tout comme j’ai enregistré des jeunes Comoriens dans les écoles où je suis allée .

Je leur ai demandé de me chanter les chants qu’ils connaissaient. J’ai aussi assisté, enchantée, à cette soirée inoubliable où de jeunes slameurs de la Grande Comore ont dit leurs textes sur la plage. La fraîcheur de leurs paroles et leur énergie touchaient les fibres au plus profond !

En ce qui concerne la culture indienne qui chosifie la femme, hélas elle n’est pas la seule. Les cultures du monde entier chosifient la femme. Je vais en donner un seul exemple. En Inde j’ai été frappée par le fait que l’habit féminin est une perpétuelle source de préoccupation pour celle qui le porte : que ce soit le sari ou la penjabi dress, qui comporte cette écharpe destinée à cacher pudiquement les seins, écharpe qui tombe constamment et que l’on arrange à chaque instant.

Ensuite j’ai observé d’autres cultures et je me suis fait cette réflexion : on dirait que le vêtement de la femme est calculé soigneusement pour l’occuper et pour qu’elle ne pense qu’à lui toute la journée. Que ce soit le maquillage, les vêtements « à la mode » des cultures occidentales, que ce soit le voile porté dans beaucoup de pays (musulmans ou non), toutes les femmes du monde sont empêchées de réfléchir et de penser à leur destin, pendant qu’elles se demandent si elles sont bien coiffées ou si leur voile est bien en place.

Celles qui refusent cet esclavage et tentent de prouver leur valeur en tant qu’être humain et non en tant que « porte-manteau » sont aussitôt traitées d’impudiques ou de garçons manqués… Il leur faut du courage pour s’échapper de ces chaînes.

  1. 7-Madame Claire UBAC, Vous avez eu la chance de visiter les Comores et discuter avec certains écrivains comoriens, je pense également que vous avez lu des œuvres écrites par des comoriens. Comment trouvez-vous la littérature comorienne ? Pensez-vous écrire un jour quelque chose sur les Comores ?

J’ai eu la chance de rencontrer quelques écrivains comoriens, comme le très regretté conteur Salim Hatubou, qui m’a fait connaître les Comores ; l’écrivain au grand cœur Aboubacar Said Salim que je salue avec respect ; les poètes Anssoufouddine Mohamed et Nassuf Djailani et l’écrivain Soeuf Elbadawi et monsieur Attou qui s’occupe si bien des jeunes lecteurs. J’ai découvert grâce à la libraire Isabelle Mohammed l’écriture poignante de Touhfat Mouhtare. Il me manque certainement encore beaucoup de connaissances que je ne demande qu’à combler. Ce qui me frappe chez tous ces écrivains c’est une parole franche et libre, enrichie de poésie ou d’humour, et surtout engagée, car tous savent que leur destin appartient à leur énergie de lutte ; c’est ce qui fait la beauté et le prix de ces écritures.

Oui, j’aimerais écrire quelque chose sur les Comores ; pour l’instant les notes que j’ai écrites à ce sujet concernent les enfants, et -cela ne vous étonnera pas !-, la différence entre les garçons et les filles. Les premiers que j’ai vus courir librement sur le sable et se baigner librement alors que les secondes… non !

Un autre sujet qui m’a touchée, c’est les difficultés pour les jeunes gens d’épouser celle ou celui qu’ils aiment à cause de la coutume de la dot.

  1. 8-Que dites-vous aux gens qui pensent que « être écrivain » c’est dans les  gênes, on n’apprend pas à l’être ?

Je dirais que cette pensée est rétrograde !

Les travaux les plus récents des neurosciences nous apprennent que les connexions de notre cerveau se créent et se transforment par les différentes impulsions que nous leur procurons ; ainsi le cerveau s’améliore tout au long de la vie si on lui apporte la nourriture dont il a besoin : l’étude et la pratique. Deux individus qui auraient les mêmes gênes sont susceptibles d’évoluer fort différemment en fonction des stimulations apportées par le milieu et l’histoire de chacun.

Seuls le désir et la motivation comptent pour commencer à écrire. Ensuite, on trouve des outils et des techniques pour s’améliorer comme pour toute pratique. Je regrette beaucoup qu’à l’université de la Sorbonne, où j’ai suivi de longues études de lettres, il n’y avait aucun atelier d’écriture mais seulement des cours de commentaires littéraires. J’ai dû trouver mes techniques seules et j’ai ainsi perdu beaucoup de temps. Aujourd’hui grâce à Dieu il y a beaucoup plus de possibilités d’étudier l’écriture.

On apprend à peindre, on apprend à lire le solfège pour être musicien, et on apprend également à structurer un texte, à le calibrer en fonction de sa destination, à le rendre plus efficace.

  1. 9-Quel conseil donnerez-vous aux jeunes comoriens rêvant devenir écrivains ?

Un seul : se faire confiance, et écrire.

J’ai rencontré aux Comores beaucoup de jeunes gens qui suivent déjà ce conseil ! J’ai d’ailleurs apprécié que les adultes aux Comores encouragent ces talents. Ils sont très respectueux de la parole des plus jeunes, en leur donnant des espaces d’écoute que nos adolescents n’ont pas toujours ici en France. C’est une très belle pratique comorienne que d’échanger une parole littéraire, des poèmes et des chansons, tous âges confondus.

  1. 10-Dernier mot pour vos lecteurs comoriens.

J’ai trouvé aux Comores une qualité humaine précieuse, qui tient à la fois à l’Afrique et à l’esprit insulaire, mais qu’on ne trouve ni en Afrique continentale ni sur d’autres îles, car elle est unique. J’ai aimé leur esprit d’ouverture, et cette tolérance religieuse qui est le signe de la véritable foi, celle que j’admire tant chez le grand écrivain malien Amadou Hampaté Bâ.

Les jeunes gens que j’ai rencontrés, sincères et plein de talents, méritent le meilleur, et je souhaite qu’ils trouvent l’énergie de se mettre en quête de leurs rêves.

J’ai été aussi été très touchée de la souffrance produite par la séparation des îles, les « 4 sœurs » et je souhaite qu’elles soient un jour réunies.

Vivent les Comores et leurs habitants !

Merci de cette interview.

Claire ubac

 

 

Rencontre de Mohamed Loutfy avec JOAL

Photo Loutfi II

Propos recueillis par Abdillah Abdallah

1 Pouvez-vous vous  présenter Mohamed Loutfy ?

-Je suis né à Wani juste avant ce que l’histoire appelle « l’indépendance des Comores ».J’ai grandi au bord de la seule rivière qui traverse la ville de Wani. Au bord de cette rivière, se trouve l’école primaire où  j’ai chanté et appris l’alphabet .Au bord de cette rivière, se trouve également    le collège où j’ai lu mon premier livre. Au bord de cette rivière, se trouve  le lycée où j’ai écrit mon premier poème .Je suis donc l’enfant de cette rivière qui est devenue aujourd’hui une poubelle.

2-Comment êtes-vous venu à la poésie ?

-Les premières lectures qui m’ont véritablement marqués et que je peux considérer à l’origine de ma vocation, sont des recueils de poèmes : je pense à V. Hugo, à Baudelaire, à Prévert .Mais je me suis surtout intéressé avidement aux œuvres de Senghor, Césaire et Damas. Leur engagement politique m’avait tellement envahi. Ce n’est donc pas par hasard que j’ai commencé par la poésie.

3-« Des îles et des Jours à venir », pourquoi ce titre ? Ce titre ne présuppose pas, selon vous, une lueur d’espoir de vos îles dans l’avenir ?

-Ce titre, pour moi représente tout mon champs littéraire .Pour écrire, on a toujours besoin  d’un espace et d’un temps. Pour savoir donc qui on est, il faut se demander d’où est ce que l’on vient. Et la valeur du temps se détermine par un lieu que l’on aimerait toujours voir .Des îles  et des jours à venir, ce sont des îles et des jours à propos de l’avenir.

4-Vous chantez votre amour envers votre pays et vous dénoncez la mort qui frappe les comoriens dans ce bras de mer qui relie Anjouan et Mayotte. Vous considérez –vous comme un écrivain « engagé »Prenant parti aux souffrances de son pays ?

-Dans tout ce qu’ un écrivain peut se créer comme défi ,l’être humain doit être au centre de ses préoccupations .Hélas, le problème de Mayotte reste d’actualité et se trouve au cœur des préoccupations de nombreux comoriens. En tant qu’écrivain je ne peux pas l’ignorer. Vous savez que l’une des conséquences majeurs qu’a entrainé cette question, c’est qu’elle a déchiré le tissu social comorien. Qui n’a jamais ,dans ces îles, été touché par ce drame ?

5-Dans votre œuvre, je lis Roucoulement de Nassuf Djailani .Qu’est-ce que cet écrivain représente pour vous ?

-Je suis aujourd’hui. Nous habitons la même couleur spatiale et la même odeur temporaire. Et c’est normal. Historiquement, nous vivons les mêmes épreuves et les mêmes folies. Nous sommes tous des enfants des iles et cela nous conduit, qu’on le veuille ou non,  à un « conscient collectif ».Nassuf Djailani est, pour moi, un insulaire qui a refusé, dans Roucoulement, d’être  indifférent à l’image ignoble qu’on attribue à ses frères insulaires.

6-Votre poésie vous présente comme un écrivain déterminé à transmettre des messages forts et vrais .Est-ce que une poésie de la conscience ?

-Poésie de la conscience comme vous voulez, mais je ne crois pas que j’écris  pour transmettre des messages.L’ acte d écriture ,pour moi,implique le refus de la vie telle qu ‘elle est.J’ écris donc pour refuser ce monde qu’on nous exige de prendre et de consommer.

7-Les écrivains Comoriens sont plus lus en dehors des Comores. Quelles solutions préconisez-vous ?

-Il faut une stratégie  et une démarche pour asseoir un environnement favorable aux œuvres des Comoriens. Il   manque une volonté dans toutes les instances. Le jour où on comprendra que le livre est un objet qui peut être au service du développement, on lui accordera  sa place.  En plus ,nous sommes édités à l’étranger, ce qui fait qu’à l’intérieur, le livre coute  cher. Il faut penser à une maison d édition  locale. Mais surtout, il faut que nous    nous attribuons notre littérature. Le produit comorien doit faire l’objet de débat et de discussion dans notre université, dans nos établissements  scolaires et nos médias.

8-Quel serait votre message pour les comoriens.

-Très simple : il faut comprendre qu’un peuple qui n’a pas accès au livre , est un peuple qui prendra tous les retards du monde et risque d’être condamné à l’exclusion .Qu’est ce que  nous attendons pour asseoir une politique en faveur du livre ? Un livre suscite toujours une réflexion et donc les manipulations mentales ne passent pas facilement. Regardez bien autour de vous, je sais que vous n’êtes pas content

9- A quand le prochain ?

-Mon deuxième titre est déjà sorti.C’est un recueil de poèmes que j ‘ai choisi d ‘écrire en shikomori,pour la promotion de la langue comorienne.Mais j’ ai sur ma table, une pièce de théâtre qui est déjà finie et en projet ,un essai.

Merci